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WWE Battleground 2016 : La fin d’une ère et d’une histoire

Dimanche WWE Battleground allait marquer la fin d'une époque pour la WWE et d'une histoire pour trois catcheurs.
© WWE

Battleground a été un pay-per-view un peu spécial. Pourtant à première vue rien ne laisse penser qu’il s’agirait d’un pay-per-view différent des autres. Le titre de championne de la WWE n’était pas en jeu, trois matchs par équipe, un match triple menace en main-event, tout était là comme dans un pay-per-view ordinaire qui se serait terminé en dusty finish comme on en a pris l’habitude. Eh bien pas du tout.

S’il y a ce sentiment de changement c’est d’abord parce que nous sommes dans une période de transition à la WWE et que ces jours-ci marquent une étape importante de cette période durant laquelle la compagnie change pas mal de choses. Quelques jours avant Battleground c’était la Draft, évènement que la WWE n’avait pas connu depuis 2011 et pour cause : elle avait à l’époque officialisé la réunion des rosterx de RAW et SmackDown. Si l’idée de base n’était pas une mauvaise idée, en cinq ans la WWE s’est rendu compte que cela ne fonctionnait pas comme prévu : le rythme déjà bien usant auquel travaillent catcheurs et catcheuses était devenu presque insoutenable et les blessures se faisaient de plus en plus nombreuses. Ces douze derniers mois nous l’ont bien montré. Autre problème : l’unification des titres majeurs. Avoir réuni la ceinture de champion de la WWE avec celle de champion du monde poids-lourd avait évidemment un but : donner plus de prestige au titre majeur de la compagnie, mais dans le même temps cela laisse trop de catcheurs importants sur le carreau. Heureusement les titres de champion des États-Unis et champion Intercontinental ont échappé à ce sort. Et troisième problème, SmackDown. Le show bleu a énormément souffert de cette réunion des rosters. RAW dure désormais trois heures, SmackDown était encore diffusé le vendredi — avant d’être transféré au jeudi plus tard — et était devenu un show secondaire, à tel point que la WWE semblait avoir totalement lâché l’affaire pour le rendre intéressant. Vous pouviez ces dernière années vous passer du show bleu sans problème, sauf que pour la WWE elle-même c’en est un.

Il fallait que la WWE réagisse et remette les choses en place, et c’est grâce à une nouvelle séparation des brands qu’elle le fait. Retour à la formule des années 2000 : deux shows, deux rosters et des storylines différentes. WWE Battleground 2016 était donc le dernier pay-per-view — hormis les quatre du big-four Royal Rumble, WrestleMania, SummerSlam et Survivor Series — dans lequel les deux rosters sont réunis. À partir de septembre il pourrait même y avoir deux pay-per-view par mois, un pour RAW et un pour SmackDown.

La WWE est donc dans une optique de changement et ce qu’on espère aussi c’est que le changement ne se fasse pas que sur la forme. La carte du pay-per-view ne montrait aucun signe de changement mais l’action de la soirée a été au-delà des attentes dans plusieurs affrontements dont le match d’ouverture.

Pas de titre en jeu mais un public conquis

Pour ouvrir le pay-per-view la WWE a décidé de mettre le match par équipe féminin. Pas de défense de titre pour Charlotte qui se retrouve de nouveau en équipe avec Dana Brooke pour affronter Sasha Banks et une partenaire mystère. Tout l’enjeu du match était là d’ailleurs, savoir qui allait rejoindre Sasha Banks et probablement rejoindre le roster de RAW.

Sans grande surprise c’est Bayley qui fera équipe avec Sasha Banks et qui entre comme sa partenaire sous une grande acclamation du public. Le match était très bon, bien au dessus de ce que nous a montré la division féminine ces dernières semaines bien que sept minutes de combat c’est encore trop peu. La victoire de Sasha Banks sur Charlotte grâce au Banks Statement, par soumission donc, met en place la rivalité pour le titre de championne de la WWE. C’était d’ailleurs finalement le but de ce match.

Bayley quant à elle pour le moment va retourner encore quelques temps à NXT afin de tenter de récupérer le titre de championne de la brand jaune comme elle l’a déclaré dans une interview juste après le match. Mais vu la popularité de la catcheuse largement démontrée par le public ce dimanche soir, aucun doute elle sera dans un des deux rosters principaux dans peu de temps.

Où va la Wyatt Family ?

S’il y a un clan dont on continue de douter de l’avenir, c’est la Wyatt Family : un temps dissolue pour permettre à Bray Wyatt de voler de ses propres ailes en solo avant que la WWE se rende compte que cela ne prenait pas, de retour depuis plusieurs mois puis privé de deux de ses membres — Erick Rowan et Luke Harper — pendant quelques temps, et désormais en partie séparée par la draft. En effet si Bray Wyatt est maintenant à SmackDown avec Erick Rowan, elle se retrouve désormais privée de Braun Strawman qui va à RAW. Luke Harper est toujours en convalescence et n’a pas été concerné par la draft mardi dernier. Ils affrontaient donc pour ce pay-per-view les actuels champions par équipe The New Day. Mais les titres n’étaient pas en jeu, cela permet par ailleurs aux champions de battre dans le même temps le record de l’équipe au règne le plus long de l’histoire de la WWE.

Le match a mis un peu de temps à démarrer, mais une fois lancé tout a été mieux. On en retiendra par ailleurs un Xavier Woods bien au dessus de ce qu’il nous a montré jusque-là. Mais ce qui restera dans les mémoires c’est Big E et son spear vers l’extérieur du ring qu’il fait assez souvent. Cette fois pourrait bien être la dernière après la mauvaise chute dans ce match, en tout cas on l’espère.

La Wyatt Family gagne tout de même le match et c’était la dernière fois avant un moment que les deux clans s’affrontaient, étant séparés par les rosters. Pour SummerSlam il va falloir du nouveau challenge pour les champions par équipe et à RAW il n’y a pas beaucoup de choix dans les équipes de premiers plan, The Club, Enzo & Big Cass, ou peut-être les Dudley Boyz.

L’improbable affiche des titres secondaires

Dans la série des matchs qu’on n’aurait pas vu venir il y a quelques mois il y a le match pour le titre de champion des États-Unis. Rusev défendait sa ceinture contre celui qui à WrestleMania créé déjà la surprise en décrochant le titre de champion Intercontinental, Zack Ryder. Un Ryder vêtu aux couleurs du drapeau américain, on va finir par croire après Titus O’Neil qui portait lui aussi une tenue dans le style à Money In The Bank qu’il s’agit d’une tenue réglementaire pour les challengers au titre US.

Le match n’avait rien de spécial, c’était un match classique pour un titre secondaire en pay-per-view. Zack Ryder n’a par ailleurs fait aucun tombé. Il a bien eu ses moments dans le match avec ses prises favorites mais aucun tombé. Rusev n’aura eu qu’à contrer un elbow drop et quelques secondes plus tard le challenger était pris dans l’accolade. On doute qu’il y ait un match revanche à SummerSlam, du moins on espère pas parce qu’il n’y a rien de très attirant dans une affiche comme celle-ci.

Pareil pour le titre de champion Intercontinental. Qui aurait pu deviner un jour que Darren Young serait le challenger au titre du Miz ? Désigné challenger après avoir gagné une bataille royale à RAW, Young qui est désormais accompagné de son coach Bob Backlund aux abords du ring créé la surprise.

Le match aurait pu être tout aussi classique mais avec son final il a été pire. Une fin bordélique dans laquelle Maryse commence à feinter une gifle de Backlund qui pète littéralement un câble, puis Darren Young qui attaque The Miz à l’extérieur du ring d’une Crossface Chickenwing avant que l’arbitre le disqualifie. La raison de cette disqualification n’a même pas été donnée à l’antenne.

Étant donné que The Miz est à SmackDown et Darren Young à RAW, la storyline est sans doute terminé. Drôle de fin.

Kevin Owens et Sami Zayn crèvent l’écran

Mais le match que l’on retiendra de la soirée était comme on s’y attendait celui entre Kevin Owens et Sami Zayn. Les deux catcheurs s’affrontaient pour la quatrième fois en un contre un et on ne se trompe certainement pas en disant que c’est leur meilleur match à la WWE et le public ne le contredira certainement pas.

On aurait pu croire qu’au bout de trois matchs on a déjà tout vu des deux catcheurs, mais Owens et Zayn nous ont prouvé le contraire. Plusieurs superbes spots comme le brainbuster au bord du ring sur Owens, Sami Zayn nous a quand même fait une frayeur lui aussi après sa tentative de springboard moonsault mais heureusement rien de grave. Le match s’est terminé sur deux Helluvah Kick de Zayn et sous une grande ovation du public méritée.

Comme la WWE le teasait c’était probablement leur dernier match — avant un long moment — mais les deux catcheurs ayant tous les deux atterri à RAW après la Draft on ne donne pas cher d’une nouvelle rencontre un de ces quatre.

Ce dimanche soir il y avait une nouvelle fois deux matchs féminins. Becky Lynch affrontait une Natalya nouvelle, une Natalya heel depuis Money In The Bank, quand celle-ci a attaqué Becky Lynch après leur match contre Charlotte et Dana Brooke. Malheureusement passer derrière l’excellent match entre Kevin Owens et Sami Zayn n’a pas été sans conséquence quant à l’attention du public.

Le match d’un peu moins de dix minutes n’était pas incroyable mais avait le mérite d’être bien construit, le travail de heel de Natalya qui se concentrait sur le genou de Becky Lynch, cette dernière qui se démène face à son adversaire. Étant donné que les deux catcheuses se sont retrouvées à SmackDown et la défaite de Becky Lynch par soumission, on imagine mal la rivalité se terminer ainsi.

Un peu plus d’intensité aurait certainement permis aux deux catcheuses de nous raconter une histoire beaucoup plus forte, la rivalité montrant une Natalya qui cherche à se sortir de son ancienne personnalité qu’elle trouvait trop gentille à son goût le permettait, surtout contre une Becky Lynch qui n’a habituellement aucun mal à s’attirer le soutien du public.

Enzo au micro d’or

Enzo Amore est un génie du micro. Un génie comme on n’en a pas vu depuis des années. Avant le match avec John Cena et son comparse Colin Cassady contre le Club, celui-ci nous a encore gratifié d’une promo complètement dingue, même John Cena a marké au point de s’incliner devant le Certified G.

Le match était bon, pas autant que la promo sinon il aurait fini dans les matchs de l’année mais on ne s’y ennuie pas. Beaucoup d’énergie de la part des deux équipes et de bons moments. On notera juste un moment étrange pendant lequel John Cena et AJ Styles se battent pendant une minute en dehors du ring alors qu’ils sont les catcheurs légaux sur le ring, tandis que les autres sont justement sur le ring, le tout sous le regard de l’arbitre. Le final est classique, avec un Atittude Adjustment de John Cena sur AJ Styles.

John Cena faisant le tombé sur AJ Styles peut paraître un peu dommage pour Enzo Amore et Colin Cassady mais c’est logique, les deux catcheurs se retrouveront certainement une nouvelle et dernière fois à SummerSlam.

En attendant le main-event on a eu le droit à un Highlight Reel spécial pour le retour de Randy Orton après plusieurs mois d’absence. Il affrontera Brock Lesnar à SummerSlam. Mais c’est un Randy Orton qu’on n’avait pas l’habitude de voir qui s’est pointé dimanche soir. Il fait des blagues, est totalement face et tacle Brock Lesnar sur l’affaire de dopage. Bon, en vrai on n’a aucune idée de pourquoi ce segment est dans un pay-per-view et pas à RAW ou SmackDown et il n’y a pas grand besoin de s’étaler dessus. Brock Lesnar aura l’occasion de lui répondre le 1er août, pour son retour à RAW.

Dean Ambrose, Seth Rollins et Roman Reigns ferment définitivement le chapitre du Shield

Pour le main-event de soirée qui aurait donc pu commencer plus tôt on retrouve les trois anciens membres du Shield. C’était l’un des matchs les plus attendus de la soirée tant pour la symbolique de voir les trois catcheurs s’affronter mais aussi parce qu’ils allaient devoir confirmer le règne de Dean Ambrose un mois après le cash-in de Money In The Bank. Mais entre temps les choses se sont un peu gâtés. Non seulement Roman Reigns a été suspendu pour une infraction à la Wellness Policy mais aussi parce que la draft est passé par là ajoutant un enjeu au match.

Ce match est devenu une sorte d’handicap match pour SmackDown : Dean Ambrose est le seul représentant de la brand bleue face à Seth Rollins et Roman Reigns qui sont désormais à RAW. Le second défi du match est soit de faire en sorte que le titre de la WWE reste à SmackDown soit que Seth Rollins ou Roman Reigns le ramène à RAW. Les commissioners et general managers étaient bien évidemment aux abords du ring pour assister à l’affrontement.

Le match était très bon, un solide triple-menace parfait pour clore définitivement l’histoire du Shield. Un début de match avec un Rollins sur les chapeaux de roue, un Reigns qui enchaîne en dominant la suite mais arrêté par Rollins et Ambrose qui travaillent ensemble pour calmer Reigns, évidemment le public semble avoir beaucoup aimé cette partie. Le fin du match place Dean Ambrose en opportuniste, Seth Rollins et Roman Reigns se battent sur le ring, Reigns porte son finisher sur Rollins et Ambrose apparaît subitement pour le Dirty Deeds sur Reigns et le tombé pour la victoire.

La longue histoire du Shield se termine ce soir de la meilleure des manière: avec une victoire de Dean Ambrose, longtemps considéré comme le laissé pour compte du groupe.

Battleground sonne un peu comme une preview de la « nouvelle ère » annoncée par la WWE. À partir de cette semaine la compagnie des McMahon fait table rase sur ces deux shows principaux et les premières choses vues sont plutôt encourageantes. On a hâte d’être à SummerSlam même si on espère que la WWE prépare du mieux pour les titres des États-Unis et Intercontinental, pour le moment laissés de côté dans cette première semaine.

On retiendra de la soirée évidemment l’excellent match entre Kevin Owens et Sami Zayn, l’un des meilleurs de l’année, l’opener féminin, le match par équipe entre celle de John Cena, Enzo & Cass et celle de The Club et le main-event entre les trois anciens membres du Shield, trois matchs qui représentent plutôt bien la nouvelle ère, et ce n’est certainement pas un hasard.

Darren Fog
Auteur :
Fondateur et rédac-chef de VoxCatch.