Reportage

À Revolution 10, l’ICWA souffle le (très) chaud et le froid

Le show de catch emblématique de l’ICWA fêtait sa dixième édition à la Luna de Maubeuge samedi 26 mai. Une édition qui aura marqué par quelques annonces et matchs intéressants mais dont le booking reste très propre à la promotion du nord de la France.

Darren Fog

Le thermomètre s’affolait à Maubeuge sur le parking de la Luna alors que plus d’une centaines de fans attendaient déjà l’ouverture de la salle de spectacle. Un soleil qui a fait mal et une chaleur lourde qui a pesé sur les organismes des fans, donc on imagine même pas sur celui des catcheurs car ce n’est pas dans la salle qu’on a trouvé de l’air.

150 personnes se sont ainsi regroupées pour un pre-show, rejoint ensuite par le reste du public pour une Luna bien remplie et qui doit facilement avoir tapé autour du millier de personnes présentes. On se demande même si c’est pas l’édition de Revolution qui a attiré le plus de monde.

Un postulat de départ contradictoire

Un climat lourd autour d’un show pour lequel, soyons clairs, on avait une appréhension particulière. Les discours sont toujours plus contradictoires du côté de Booster qui fait un show « pour les locaux » et déclare très régulièrement que l’avis des 10% de « smarts » de la salle ne l’intéresse pas alors que ce sont ceux qui se déplacent de loin et qui payent les cinq euros supplémentaires du pre-show.

Contradictoire aussi le concept de show surprise d’une scène française du coup suivie régulièrement par ces mêmes 10% — qui étaient par ailleurs invités à participer à un fantasy booking sur les réseaux sociaux. Si la présence de Peter Fischer peut faire écho à certains fidèles parmi les locaux, on doute que les présences de Louis Napoléon ou Jimmy Gavroche — qui ont participé aux deux matchs les plus importants de la soirée — aient vraiment eu un impact sur les personnes locales à l’entrée, les deux catcheurs faisant leur boulot sur le ring pour ensuite faire réagir la foule.

Du boulot in-ring pas aidé par les commentaires

Le preshow était vraiment sympa, on a eu le droit à un petit Triple Threat entre Ace Angel, Ultima Sombra et Kross qui se sont bien envoyés dans la tronche pour des fans bruyants, qui le resteront par la suite. Et même si tout le monde n’a pas voulu jouer la carte des « mains sur le ring » comme un rappel nostalgique de l’ambiance d’Adrenaline en 2014, le constat global est positif pour l’ambiance et le in-ring.

Booster s’offre derrière un petit plaisir avec Spike Jones, pour un petit moment où ça se défoule, histoire de quand même tâter son ring et franchement on peut pas trop lui en vouloir. L’idée de présenter aussi son fils comme catcheur pour Revolution 15 est très égocentré mais tout est inoffensif et ne fait de l’ombre à personne – si ce n’est Spike Bones – et c’est là qu’est la grosse différence entre un moment où on se fait plaisir et un « Booster show ».

Pour le show principal, l’absence de Christophe Agius va faire assez mal. Le duo de Yan Colby et Olivier Grignon ne fonctionnera pas, balançant tout au long de la soirée des banalités entre deux noms de prises ou une blague forcée de Colby. L’exercice est délicat et ça arrive de se planter mais là ça en est arrivé à entacher l’ambiance du show. C’est bien simple, moins il y avait de commentaires, plus il y avait d’ambiance.

Sauf quand on s’appelle Christophe Agius ou qu’on a vraiment cette capacité à entraîner le public dans son commentaire, il faut rester à une place d’annonceur. C’est un risque car on le concède, les personnes moins accros au catch ont tendance à vouloir être guidée sur qui soutenir et qui détester, mais cela fait partie du boulot des catcheurs qui sont maintenant quasiment tous assez expérimentés pour ne pas avoir besoin de commentaires derrière eux pour cela.

MBM, vainqueur de l’échelle du temps

On a maintenant pris l’habitude, les deux pauses de la Luna ont coupé un show de plus de trois heures mais ce coup-ci, elles étaient plutôt la bienvenue. L’atmosphère étouffante ont donné à ces pauses un côté plus agréable là où le show aurait pu être plus pénible sans celles-ci. Sur le ring, les matchs ont eu un contenu variable. Camille Grignon et Amale Winchester n’ont pas réussi à vraiment connecter sur le ring et on a toujours une complication à se retrouver dans le catch féminin français, en retard car pas assez représenté dans les promotion hexagonales.

Les matchs par équipes qui ont opposé Afrikan Bomaye à Empire of Violence puis à Jack Spayne et Hellmer Lo’Guennec — Jack Spayne mettant en jeu son opportunité gagnée l’année dernière dans l’horloge du temps — ont eu un peu de mal à vraiment décoller. On a senti le duo belge de Darkmondo et Alex LeGrand un peu en dessous des champions. Le duo Spayne / Lo Guennec a mis plus d’impact de son côté pour un match un poil plus court et gagné par Afrikan Bomaye, qui n’ont peut-être pas pu installer leur ambiance autant qu’ils l’auraient voulu.

En deuxième partie, l’Échelle du temps, ce mix bizarre du Rumble Match et d’un MITB, a vu son premier éliminé avant le début du ladder match depuis le retour du match à Revolution, et a offert un petit bordel sympathique, une sorte de Demolition Derby de corps humain où on a très vite décidé que la passion, c’est le spotfest. Et qui dit spotfest, dit Jack Spayne qui s’offre une échelle, une table et un chair shot dans la tête qui aurait pu être évité.

De telles actions sont divertissantes et si la qualité des échelles est toujours très moyenne, les catcheurs présents les ont domptés et, tout en prenant des risques vraiment, ont bien assuré leur match. Un match remporté par MBM dont la côte était de 1.01 au départ du match, qui fait ensuite un heelturn en cochant bien toutes les étapes de l’attaque sur un face, puis au discours méprisant et au nouveau theme song, c’est presque collégial tellement on voit l’idée qu’il a voulu mettre en place.

Le titre de champion de France unifié mais déjà des incohérences

C’est peut-être l’info de la soirée qui intéressera le plus les fans réguliers du catch français, cette union entre sept promotions françaises, APC / ICWA / Ouest Catch / IPWF / FRPW / TPW / ABCA qui reconnaissent le même champion de France qui est toujours Cormac Hamilton, vainqueur de son match face à Jimmy Gavroche dans un match solide et bien amené par les deux catcheurs sur un plan technique.

Une opportunité qui peut vraiment être intéressante puisque si on exclue la FFCP et la Wrestling Stars qui sont dans leur bulle à part ne se joindront jamais à la fête, on a la première forme d’union du catch français actuel, les sept promotions n’étant pas vraiment proches l’une de l’autre. De là à espérer un booking commun, on ne prend pas le risque et c’est pas le main-event qui va aider.

Parce que bon, quitte à ramener Louis Napoléon face à Tristan Archer, pourquoi ne pas jouer sur ce qui s’est passé à Ouest Catch en racontant un peu en promotion la tension entre les catcheurs, surtout quand Louis Napoléon arrive avec la ceinture de champion Delta de la N’Catch autour des hanches.

À la place, on a le droit à un overbooking similaire à Revolution 8 où MBM tente de saisir l’opportunité grâce à l’échelle du temps quand les deux catcheurs sont à terre mais Vince’NT intervient et l’en empêche. Ensuite, les Artistes (Di Léo, Hamilton et Fischer) débarquent pour attaquer tout le monde pour essayer de faire en sorte que Di Léo regagne le titre puisque « celui qui fera le tombé sera champion » était la seule règle du main-event. Senza Volto débarque pour défendre les catcheurs sur le ring et ça part un peu en cacahuète.

On ne sait plus trop comment, mais au final on se retrouve de nouveau avec Louis Napoléon et Tristan Archer, ce dernier met son Coup d’État et gagne puis, dans sa célébration, se fait attaquer par Senza Volto vainqueur plus tôt dans la soirée, comme un défi pour ce qui semble devenir le Classico du catch français. Le public est hypé, mais qu’est-ce que c’est lourd en terme de booking.

Surtout que pour les Artistes, la position est incohérente par rapport à ce qui s’est lancé autour d’eux à Ouest Catch, même si cohérent par rapport au comportement sur ce show-ci des trois catcheurs. Bref, c’est le bordel, et ça contraste avec l’idée d’union. Après, Rome ne s’est pas faite en un jour comme on dit, mais ce serait bien que la démarche d’union passe aussi par une cohérence sur ce qu’on aura de la part des catcheurs que l’on voit. Car l’union du titre de champion de France et ce premier accord, c’est un truc de smarts qu’on le veuille ou non.

Senza Volto et Peter Fischer volent la soirée

Juste avant le main-event, il y a eu un match, vendu au départ comme le dream match FR dans le fantasy booking – encore un truc de smart ça – proposé par Booster sur les réseaux sociaux. Et en effet, sur l’aspect « dream », on a été servi. Un très beau match, proche de la perfection, où les deux catcheurs ont offert vraiment un match d’un niveau incroyable.

Et ce qui est encore mieux, c’est que l’ambiance était telle, que les commentaires ont été minimisés et c’était vraiment le bon choix pour Yan Colby et Olivier Grignon. C’était technique, juste et vraiment l’un des meilleurs matchs de la scène française où l’on a pas totalement versé dans la folie mais où le match a permis aux deux catcheurs de briller et à Senza Volto, ultra populaire à Revolution ce samedi, de s’offrir un nouveau match référence.

Du coup, si le discours était de dire qu’il y aura un « avant » et un « après » Revolution X, il ne se fait pour le moment que dans l’acte de l’unification du titre de champion de France. Pour le reste, on est plutôt dans la continuité, la scène française se stabilise et offre de plus en plus des matchs de qualité même s’il y a encore des couacs et on a un niveau stable qui peut encore monter d’un cran.

Sur le contenu, il y a eu de la variété mais aussi pas mal d’approximations et un show vraiment handicapé par des commentaires plus gênants pour l’ambiance que l’inverse. L’overbooking du main-event fait un peu mal à un show dont la dynamique avait plutôt été ascendante tout au long de la soirée, et qui a au final plutôt joué avec les frustrations de chacun, sans pour autant qu’on soit dans un mauvais moment. C’était pas parfait mais on a globalement passé un moment sympathique avec toujours de l’attente concernant le catch français.

À Revolution 10, l’ICWA souffle le (très) chaud et le froid
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