WWE TLC 2015

Le règne de Sheamus est révélateur des problèmes de la WWE

sheamus © Getty Images
Roman Reigns l'avait, finalement, ce titre. À l'issue d'un tournoi forcé par la blessure de Seth Rollins, Reigns prenait un titre qui lui semblait déjà acquis à l'annonce dudit tournoi. Mais un irlandais, accompagné par un britannique, un bulgare et un mexicain, voyait les choses autrement.

Il l’avait. Après bientôt un an à tourner autour du titre majeur, Roman Reigns devenait WWE World Heavyweight Champion. Mais la WWE aime bien mettre toujours plus de bâtons dans les roues de Roman Reigns. Essayant d’en faire la combinaison d’un Daniel Bryan et d’un John Cena – invincible et bloqué par The Authority, l’homme qui n’a toujours pas retrouvé son sèche-cheveux voit Sheamus se dresser sur sa route pour le titre. Mais pas seul.

League of Nations, un groupe qui contient le champion de la WWE, Sheamus, le champion des États-Unis, Alberto Del Rio, le King of The Ring, Wade Barrett, et Rusev, là parce qu’il n’est pas américain. Une association plus ou moins dans les tuyaux pour les Européens et à laquelle s’ajoute le mexicain, probablement pour le nombre. Ce regroupement de upcarders est assez problématique tellement la période qui a suivi la blessure de Seth Rollins a été compliqué à aborder à la WWE.

L’évidence de la victoire de Roman Reigns et du cash-in de Sheamus ont laissé les fans amer, voyant un manque d’ambition de la WWE. Cependant, cette alliance du mal est déjà un peu plus intéressante, même si elle n’en reste pas moins chaotique. Toutefois, on peut pas dire que l’affiche soit la plus excitante de 2015, et relève un trop grand problème de la WWE actuellement.

Un match à stipulation forcé

L’organisation de ce match, c’est un peu le syndrome éternel des pay-per-views thématiques. Une rivalité, à peine commencée, obtient dès son premier affrontement le cadre brutal d’un Tables, Ladders and Chairs match. Une stipulation qui n’est pas vraiment l’apanage des poids-lourds comme peuvent l’être Roman Reigns et Sheamus, deux powerhouses, orientés sur des prises puissantes. Les deux s’étaient d’ailleurs manifestés lors du ladder match pour le Money in the Bank et n’avait pas été des plus à l’aise.

Malheureusement, on ne peut pas dire que d’autres affiches auraient mérité de prétendre à la stipulation. On reste donc coincé avec ce combat pas vraiment attrayant et qui résulte d’une rivalité à peine entamée. Compliqué de se projeter assez loin pour voir la consistance que gardera cette rivalité. League of Nations peut tout aussi bien être un groupe durable qu’un groupe temporaire.

On se retrouve donc dans un premier chapitre d’une rivalité où l’on sent que Sheamus va sortir vainqueur, pour encore retarder le règne inévitable de Roman Reigns. On a tous compris maintenant que Reigns allait devenir champion à un moment ou un autre. Survivor Series, Royal Rumble ou Wrestlemania, la WWE le fera idéalement dans un pay-per-view du Big Four, où elle peut sortir strass et paillettes pour accueillir la victoire de son héros.

Une rivalité brouillonne

La blessure de Seth Rollins couplée à la baisse des audiences semble avoir créé un phénomène de surenchère par la WWE. Pour remplacer un heel soutenu par The Authority, on a placé pas moins de quatre upcarders dont deux anciens champions du monde dans un groupe pour barrer la route à Roman Reigns. Tout cela pour qu’on finisse par voir la victoire finale du Samoan, soutenu par The Usos et Dean Ambrose – On va peut-être même revoir The Rock une deuxième fois, qui sait.

Il y a un terme qui semble tout désigné pour parler de cette rivalité : l’overbooking. C’est bien pour combler le vide laissé par Seth Rollins, ça a pas mal relancé les intrigues des deux derniers Raw, mais ça donne une mauvaise impression, un côté superficiel. On est loin de la construction de groupe comme le Shield, comme la Wyatt Family ou même The Nexus.

Malgré cela, très rapidement, Reigns et ses acolytes ont déjà réussi à surpassé l’obstacle en match par équipe. On voit donc mal le groupe de Sheamus perdurer, alors qu’il n’oppose pas d’énormes difficultés à Roman Reigns. C’est ce qui rend pessimiste quant à la suite de cette rivalité, un manque de créativité, une sorte de brouillon et ce booking de Roman Reigns, toujours plus compliqué à adopter du fait qu’il parait invincible, capable de défier tous les éléments.

Roman Reigns, l’éternel dilemme

On se retrouve donc dans une situation où la WWE retarde à tout prix l’avènement de l’ancien powerhouse du Shield, pour lui donner le meilleur impact possible. Le problème étant que cela fait plus d’un an que c’est trop tard pour le Samoan. Sa victoire au Royal Rumble suivi par sa défaite à Wrestlemania ne l’ont pas rendu plus appréciable par le public, qui lui offre un accueil des plus mitigés. Soit vous êtes fan de Reigns, soit vous le conspuez.

On est dans une configuration où même pas encore arrivé au sommet de la fédération de Vince McMahon, le Samoan a un problème de gimmick, trop family-friendly pour être un véritable bad-ass et booké trop fort pour être pris d’affection tel un outsider. Le personnage de Roman Reigns est coincé dans une sorte de gimmick de Frankenstein : dans une position alliant John Cena, Daniel Bryan et avec un package qui voudrait lui donner une attitude à la The Rock.

Ce qui manque cruellement à Roman Reigns, c’est une différence, cette petite chose qui le rendrait unique. On ne peut pas dire que Sheamus sorte de l’archétype du heel. Mis à part son look, il n’y a pas grand chose qui fasse réagir le public négativement, et on peut dire que l’idée du groupe League of Nations est aussi venu de l’absence de véritable heat naturelle de l’Irlandais.

C’est le triste constat à dresser autour de ce match. Le suspens est très faible, la rivalité poussive et fait état du grand manque de stars établies dans le main-event. On retrouve cette dynamique où le main-event de la WWE s’effondre du fait de blessures trop nombreuses. Et à l’approche de la Road to Wrestlemania, cette question va prendre une place primordiale.

La WWE semble vouloir donner les rênes de la fédération à Roman Reigns. Mais si la sauce ne prend pas, il faudra peut-être trouver quelqu’un avec une aura un peu plus naturelle auprès du public, créer de vrais dynamiques comme celle de New Day actuellement ou les faces un peu plus naturels comme a pu avoir Cesaro – malheureusement blessé – ou Dean Ambrose cette année.

Reste que la complexité du main-event de la WWE ne va pas aller en s’arrangeant, tellement l’infirmerie de la WWE et les lacunes du roster de la WWE paraissent de plus en plus évidentes. Nous assistons à une époque très difficile pour la WWE et malheureusement la remontée ne parait pas passer entre les mains de Sheamus ou Roman Reigns. Reste à voir comment la WWE va réagir.

Pierre D.
Auteur :
Analyse de pay-per-view, décryptage. Lieutenant de VoxCatch.
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