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WWE TLC 2015 : L’autre visage de Roman Reigns

Dans un contexte où la WWE est en difficulté, TLC était la dernière occasion de réagir avant l'entrée dans la Road to Wrestlemania. Force est de constater que la WWE veut reprendre les choses en main, même si tout n'est pas parfait.
roman-reigns-tlc-hhh © WWE

Tables, Ladders and Chairs – TLC de son petit nom – est probablement le pay-per-view à thème de la WWE qui a le mieux réussi à faire oublier son statut de distributeur de violence ou de « Demolition Derby de la WWE » comme aime le souligner Michael Cole. Mais cette année, avec des rivalités faites rapidement et un booking très brouillon, le pay-per-view était plutôt vu comme le dernier des douze travaux d’Hercule pour les fans, plutôt qu’un véritable plaisir.

Pourtant, on ne peut pas dire que le show manquait de bonnes affiches que ce soit en match simple ou par le biais de stipulation, il manquait juste une construction qui donne vraiment envie de voir absolument un match, une grande affiche avec un enjeu bien supérieur à la besogne habituelle de nos catcheurs.

Exit un preshow tout ce qu’il y a de plus classique avec une affiche de divas que l’on aurait aimé voir dans le pay-per-view – sérieusement, pourquoi le titre n’est pas encore sur les hanches de Sasha Banks? – et entrons ensemble dans un show qui aura réussi quelques miracles, plus ou moins voulus, mais qui n’aura pas totalement réussi tout ce qu’il a entrepris.

La League of Nations assure l’essentiel dans ses matchs

Le premier bilan pour le nouveau groupe de la WWE est à dresser dans un premier temps de manière positive. Dans les faits, chacun a gagné son match, et pour une raison inconnue Wade Barrett n’était pas là ce dimanche. On se retrouve donc avec Rusev remportant une confrontation directe face à The Ryback par soumission, Alberto Del Rio gardant son titre US face à Jack Swagger dans le Chairs Match et Sheamus conservant son titre grâce à ses deux camarades.

Le problème, c’est que ces matchs n’ont pas été les plus retentissants de la soirée, surtout pour Rusev qui ne pouvait pas faire mieux face à Ryback. Quand une rivalité tourne autour du même axe depuis trois matchs, c’est-à-dire une fausse blessure de Lana permettant à Rusev de prendre le dessus sur The Ryback, c’est que cette rivalité n’est pas vraiment passionnante. Le pire étant probablement que le tout va continuer, malgré l’Accolade de Rusev pour l’emporter sur The Ryback.

Alberto Del Rio lui, subit un drôle de booking depuis son retour, le passage de la MexAmerica à la League of Nations a provoqué sa séparation avec Zeb Colter qui par conséquent décide de cracher sur ses convictions récentes pour redevenir américain à plein temps, soutenant Jack Swagger sur Twitter. C’est brouillon, très rapide et assez mal amené, mais quelque part logique, Zeb Colter n’ayant pas été d’une très grande aide dans le retour de Del Rio. Il conserve son titre malgré tout, dans un match satisfaisant même si Del Rio semble toujours un peu en dessous de son niveau d’avant son départ de la WWE – et puis il aurait pu mieux vendre ce Patriot Lock avec la chaise quand même.

Pour Sheamus, son match face à Roman Reigns a réussi à être de bonne facture, avec un engagement tout à fait satisfaisant pour deux catcheurs de ce calibre dans un tel match. Le booking était cependant prévisible de son côté. Des difficultés à surmonter l’obstacle Roman Reigns et une intervention de la League of Nations pour lui permettre de prendre la victoire. Le clan n’est pas ressorti plus fort de ce pay-per-view mais a gardé ses bases qu’on pourrait résumer à cette formule : « Trois c’est mieux que un. »

La Wyatt Family détruit l’Extrême, The New Day s’en sort dans un match de folie

D’autres clans ont fait sensation hier et la Wyatt Family fait partie de ces clans. Dans cette stipulation de 8-Man Tag Team Elimination Tables Match, Bray Wyatt et sa bande ont offert une démonstration d’efficacité face à la Team ECW. Alors, bien sûr, il y a une génération d’écart entre les catcheurs, mais il faut souligner la construction de ce match qui faisait un peu état d’un enterrement d’une attitude extreme face à une violence un peu plus efficace.

Aux kendo sticks, à la volonté de mettre la table en feu, à la volonté destructrice des camarades des Dudley Boyz, la Wyatt Family a répondu par des éliminations très simplistes, peut-être trop pour être spectaculaires, mais qui ont fait le travail, celui de juste balayé la team Extreme. On aurait préféré que cette rivalité ait une à deux semaines supplémentaires pour appuyer sur la corde nostalgique de l’ECW, mais ce match a suffi à faire resurgir la flamme, pas celle sur la table malheureusement, mais au moins celle d’une WWE qui laisse ses catcheurs s’exprimer au mieux dans des stipulations faites pour être violentes.

Ce succès permet en tout cas à la Wyatt Family de se repositionner en tant que vraie force inarrêtable, et c’est toujours bon signe à l’aube du Royal Rumble, où le gourou du clan avait déjà fait une grosse impression l’année dernière. Autre clan qui a affirmé sa position, The New Day, opposé aux Usos et aux Lucha Dragons dans un Triple Threat Tag Team Ladder Match. Une opposition qui aura fait le bonheur de tout le monde. Du rythme, des temps forts équilibrés, des spots mais surtout le spot de la soirée, du mois, de l’année, et qui fera date dans l’histoire des ladders matchs, ce Saluda Del Sol de Kalisto sur Jey Uso qui vient briser une échelle en deux.

Sûrement le mouvement qui est venu ajouter une dimension particulière à un match déjà très bon dans sa tenue, et agrémenter par la prestation de Xavier Woods à la fois commentateur / manager pendant ce match et qui se permet d’ailleurs de renvoyer Michael Cole et Jerry Lawler à leurs études, les deux se trompant entre Sin Cara et Kalisto pendant le match, et auteurs de commentaires assez peu marquant. Ce match, c’est aussi une nouvelle victoire de la tag team division qui a mis en avant ses trois meilleures équipes, pour ne pas dire les trois seules crédibles du roster. Le fait que les New Day garde les titres est aussi salutaire, tant les trois hommes sont la garantie de segments divertissants.

Dean Ambrose touche enfin un nouveau titre, Charlotte conserve le sien

Dans les deux matchs pour le titre qui n’étaient pas concernés par une stipulation, nous avions deux confrontations de qualité en prévision. Le niveau des matchs entre Paige et Charlotte se sont stabilisés et la confrontation entre Dean Ambrose et Kevin Owens était pleine de promesses même si la rivalité est très récente – à tel point que Owens a dû faire une promo de cheap heat avant la confrontation. Dans l’opposition masculine, le résultat a été assez surprenant mais fait état de l’année passée par Dean Ambrose.

Une année où il a chassé le Graal comme personne et où il n’a été que très peu récompensé, ce titre, c’est un peu la fin d’une trop longue quête du Lunatic Fringe. Ce match, qui finit sur un très beau roll-up qui contre la Pop-Up Powerbomb de Kevin Owens, a été de bonne facture, avec du selling appréciable de chaque côté et vraiment affichant un niveau que l’on pouvait attendre de la part des deux hommes. Le changement de propriétaire pour le titre devrait permettre à la rivalité de continuer, et on ne serait pas contre un petit programme tout au long de la Road to Wrestlemania. En tout cas, notre popcorn et notre soda sont prêts.

Le match féminin aura lui été dans la continuité des dernières confrontations. Le match a été bon sans pour autant être exceptionnel et l’axe sur le turn progressif de Charlotte, poussée par son père Ric Flair, est assez prometteur quant à la suite du programme de la division féminine. Il manque toutefois une série d’axes réellement marquant pour donner un élan spécial à cette division, qui sans être infamante, ne pousse pas non plus à lui donner une attention plus particulière.

Le changement d’attitude de Roman Reigns

C’est le segment de fin de pay-per-view qui amènera probablement le plus de discussions sur la qualité de ce TLC. Après l’intervention de la League of Nations, Roman Reigns pète un plomb et décide de passer en mode berzerker. Spear sur les trois membres de la League of Nations mais surtout beatdown sur le champion Sheamus puis sur le COO de la WWE, Triple H. Un changement d’attitude de Roman Reigns qui a montré un visage plus ferme et plus déterminé qu’à l’accoutumée.

Peut-être, on dit bien peut-être, Roman Reigns va enfin voir son personnage évoluer pendant cette période de Wrestlemania grâce à cet axe qui risque de pas mal pimenter les prochains Raw. Un axe très satisfaisant mais qui comporte quelques bémols auxquels la WWE se devra de répondre dans les semaines à venir. Le premier, c’est la non-intervention de Dean Ambrose et des Usos, habituellement toujours derrière leur pote Roman Reigns et qui aurait pu l’aider après avoir vu la League of Nations intervenir. Est-ce que The Authority les a menacés? Est-ce qu’ils étaient trop passionnés par leur partie de WWE 2K16?

Le second, c’est cette similarité entre le building de l’ascension vers le titre de Roman Reigns avec celui de Daniel Bryan. Bien que pratiquement deux ans ce soient déjà écoulés, les fans ne sont pas des poissons rouges et Wrestlemania XXX a été assez marquant pour que la WWE ait un effort à faire sur ce point. Bien sûr, Daniel Bryan n’a jamais envoyé Triple H à l’hôpital, et l’attitude dans la confrontation face au régime en place est plus violente que l’American Dragon, mais il faudra trouver un axe un peu plus novateur pour créer un nouvel intérêt envers Roman Reigns.

En attendant, il faudra éviter quelques faux pas. Le premier serait de faire gagner le Royal Rumble Match à Roman Reigns. Ce serait comme enterrer vivant sa carrière après l’échec de l’année dernière. Les fans veulent du neuf, et ce changement d’attitude pourrait appeler un changement de caractère de Roman Reigns envers ses alliés, ce qui serait déjà un premier élément de réponse au premier bémol abordé.

Dans tous les cas, ce segment permet de relancer la storyline autour de Roman Reigns et a un peu clarifié le statut secondaire de Sheamus et sa League of Nations, un peu là pour faire le passage de témoin en attendant la mise en route de la vraie Road to Wrestlemania, qui semble un peu plus réjouissante qu’hier et, espérons-le, un peu moins que demain. TLC a rempli sa mission, celle de redonner des raisons de regarder plus activement la WWE, et ce au meilleur moment possible.

Pierre D.
Auteur :
Analyse de pay-per-view, décryptage. Lieutenant de VoxCatch.