Review

NJPW Wrestling Dontaku 2013 : Retour vers le futur

Dans le catch, la recherche de la diversité est la plus grande gageure. Avec des hommes habitués à travailler ensemble depuis des mois, la NJPW décide ici de se reposer sur des valeurs sûres tout en avançant ou reculant quelques pions, quelques rôles passés rapidement de l’ombre à la lumière et inversement. Wrestling Dontaku, pay-per-view printanier, est donc chargé d’établir les places fortes qui vont régner durant l’été.

Kazuchika Okada

L’opener du show renvoie au passé, à une rivalité de la deuxième partie de l’année 2012 à nouveau exprimée. Seule différence : les poils. Ceux de la moustache d’Alex Koslov à s’y méprendre jumelle de celle de Cody Rhodes. La Team Tom Sellers grandit donc. Et Koslov, associé à son fidèle ami cubain Rocky Romero, rencontre à nouveau le succès dans ce tourbillon à toi à moi que représentent les titres par équipe IWGP Junior poids lourd. L’équipe Alex Shelley-KUSHIDA, qui aura à la force de la sueur arraché en 2012 les titres par équipe doit plier cette fois sans frustration aucune. Le schéma du match ne manque d’ailleurs pas de surprendre. Les Forever Hooligans se sont bien régénérés aux Etats-Unis d’où ils reviennent, car ils dominent et gagnent sans coup férir. L’hymne russe n’a donc pas fini de retentir dans les salles japonaises.

Dans cette première partie de show très catch par équipe, un match de rivalité datant d’il y a un mois s’exprime. Assez court, il n’a pour but que de montrer la nouvelle puissance de l’association de Prince Devitt avec le nouveau venu King Fale, celui qui n’a jusque là fait que des Samoan Drops, et à vrai dire, la certitude est grande de penser qu’il ne sait faire que ce mouvement. En face, Ryusuke Taguchi, partanried déchu et trahi de Devitt, et Captain New Japan, entraineur régulier des faces en général,  servent de sparring partners. Le problème est que l’équipe Devitt-Fale est tellement opposée en gabarit et en style que le doute est grand de voir la suite. Ils gagnent, mais cela demeure très imprécis et flou, et pour l’heure sans perspective engageante.

Pour les titres par équipe IWGP, match à quatre équipes. Le climat est donc largement favorable à un changement de porteurs de ceintures ni vu ni connu. Les champions Lance Archer et Davey Boy Smith Jr retrouvaient Satoshi Kojima et Hiroyoshi Tenzan, Manabu Nakanishi et Strong Man, Toru Yano et Takashi Iizuka. Poètes s’abstenir car le catch bourrin est à l’illustration avec des participations fort inégales et une durée de match très moyenne. Et autant d’originalité finalement que pour les titres par équipe IWGP Junior quand il s’agit de désigner de nouveaux champions, avec Tenzan et Kojima qui reprennent à nouveau leur bien abandonné au carrefour de 2013. Le catch par équipe est donc très conservateur et pour l’heure sans nouveauté pour l’avenir.

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Pour le titre NEVER, en l’occurrence ceux n’ayant jamais eu un gros titre dans une fédération, c’est Masato Tanaka qui a la timbale. Il s’y accroche assez rudement, en tant qu’ancien de l’ECW, habitué aux joutes bourrues et stiff à souhait. Face à Ryoto Honma, leur opposition avait été saignante dans un match par équipe il y a 1 mois. Hors là, la viande est moins tendre, plus dure, et finalement sans trop d’émotion Tanaka conserve.

Dans le genre rivalité qui s’éternise et n’intéresse pas grand monde, Togi Makabe contre Yujiro Takahashi se pose là. Ces matchs entre les deux hommes, à foison depuis fin 2012, ont du mal à passionner les foules. Le travail est plutôt simple, appliqué mais dispensable pour la répétition. La question est donc alors stop ou encore avec une victoire claire et nette de Makabe, sans signification aucune, à moins que….

Pendant l’entracte traditionnel, la NJPW développe son marketing avec notamment des cartes, et place aussi ses shows, comme le tournoi annuel Best of Super Juniors qui aura lieu du 24 Mai au 9 Juin. Aux habitués de la NJPW, les invités particulièrement attendus allèchent. Brian Kendrick, déjà habitué, voit arriver comme nouveaux adversaires Trent Baretta, Titan, Ricochet, Kenny Omega. Un spectacle fou et aérien en perspective avec ces additions apportant une équation estivale bien appréciable dans un paysage des Junior poids lourd en pause depuis février.

Dès la fin de l’entracte, s’avance un retour fait plaisir et va apporter de la diversité qui commençait à s’essouffler chez les grandes individualités. Tetsuya Naito, grand blessé de l’année 2012 et du premier trimestre 2013, fait un retour agréable, se posant donc pour le mois prochain à Dominion avec un retour sur le ring attendu.

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Tetsuya Naito

Après un test solo moyen à Wrestle Kingdom contre Togi Makabe, Katusyori Shibata se voit offrir une opposition plus à sa mesure. Au niveau des gabarits et de l’intensité dans les mouvements, Hirooki Goto lui ressemble beaucoup. Déjà à Invasion Attack le mois dernier le croisement entre les deux hommes avait été prometteur. Ce match-là s’avère également prometteur, concentré sur l’intensité dans un style très Last man Standing. D’ailleurs, c’est comme cela que la NJPW va trouver le moyen de laisser sur la faim tout en s’entretenant une rivalité pour l’été. Avec un double compte de 10, les deux hommes s’étant annihilés, un prochain épisode est à venir.

Entre Hiroshi Tanahashi et Karl Anderson, les ingrédients d’un match solide sont réunis. En février, c’était l’affiche pour le titre IWGP poids lourd, et le match proposé va s’avérer d’un acabit similaire même s’il est un peu moins long. Le rythme est du coup plus débridé, mais Tanahashi a la réponse à ce que fournit un Anderson en verve, qui après un voyage aux USA veut revenir sur le devant de la scène. Après une légion d’Aces Crushers contrés par l’agilité, la force puis la technique, le Frog Splash sort vainqueur. L’après-match laisse d’abord dubitatif puis propose du nouveau. Avec l’arrivée de Prince Devitt et King Fale qui attaquent Tanahashi, un autre clan se forme car d’abord réticents, Karl Anderson et son Ace crusher puis Tama Tonga se joignent au tabassage. Les doigts unis entre les quatre assaillants confirment une nouvelle force heel unie, restera à voir le but avec cette perspective ouverte pour l’été.

L’itinérant Shelton Benjamin est ce mois-ci en version japonaise, membre du clan Suzuki-gun, et comme tout membre du clan qui se respecte, son but est de battre Shinsuke Nakamura pour le titre Intercontinental. Il s’y emploie, en visant particulièrement d’abord rudement puis avec l’Ankle Lock la jambe qui applique le Boma Ye. Nakamura est plus ouvert et diversifié dans ses mouvements par rapport à d’habitude, comme s’il s’adaptait à son adversaire. Le match a un rythme doucement sympathique, plus spectaculaire que d’habitude, à l’exemple du Boma Ye aérien. Un raté sur les cordes mais Nakamura se rattrape très vite de cet échec technique et est bien un champion Intercontinental solide, battant ainsi son 3ème opposant de Suzuki-gun.

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Kazuchika Okada, revenu dans les hautes sphères avec ce titre poids lourd qu’il connait parfaitement, tient pour sa première défense à défaire sa némésis, Minoru Suzuki. Ce dernier avait gagné une manche rude, marquée par des interventions, à New Beginning puis avait régulièrement troublé la route d’Okada vers le titre, sans parvenir à l’en détourner toutefois. Il s’agissait donc d’une opposition particulièrement rude avec le rustre Suzuki, prompt à ne pas s’embarrasser et adorant coincer ses opposants dans son style hérité du MMA, constellé de soumissions, notamment le Juji gatame employé à foison ici. Dans un combat d’une demi-heure, standard habituel des main events, le rythme est à l’avantage du vétéran challenger dans une action rude très terre à terre. Pas d’intervention cette fois entre deux hommes qui ont un clan derrière eux. Appréciable, mais à l’arrivée un manque de sel se fait sentir dans la salade. Okada conserve après avoir souffert, mais moins que le mois dernier, quand il avait pris le titre à un Tanahashi qu’il avait dominé. Tout le paradoxe donc ici de moins souffrir en étant dominé. Comme quoi, la némésis était cette fois bien muselée. Du coup, compliqué ensuite d’aller chercher un autre challenger dans l’immédiat après que Suzuki, le plus virulent, ait été écarté. Et pourtant, retour au « à moins que…. » plus haut dans la review, car Makabe plein de la confiance d’être sorti des griffes de l’impétueux Takahashi, vient tenter donc de retoucher des lustres qu’il a déjà connu, et ce sera donc le prochain challenger.

Parfois, le besoin de revenir à des valeurs sures et du conservatisme se fait sentir dans le catch. C’est particulièrement criant pour la NJPW qui aime se reposer sur ses valeurs sures, ses tauliers habitués aux titres et qui les retrouvent donc. Point de nouveauté donc, quelques espérances, quelques déceptions aussi, Wrestling Dontaku se place exactement comme une respiration printanière avant un été qui s’annonce bouillant.

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