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NJPW Wrestle Kingdom 10 : Kazuchika Okada au firmament absolu

La New Japan Pro Wrestling organisait lundi son grand show annuel Wrestle Kingdom au Tokyo Dome. Cette 10ème édition du grand show inaugural de l'année était marquée par un passage de flambeau au sommet de la deuxième plus grande fédération au monde.
© NJPW

Le 4 janvier est une date désormais incontournable pour tout fan de catch dans le monde. Le grand show de la NJPW Wrestle Kingdom est devenu un show très international et très ouvert au marché télévisuel. Après Jim Ross et Matt Striker aux commentaires anglophones du show, revoilà Matt Striker cette fois accompagné de la voix de la ROH Kevin Kelly et de l’ancienne superstar de la WWE Yoshi Tatsu — qui disons le d’emblée n’a pas servi à grand chose tellement il a été peu expressif.

Faible affluence au Tokyo Dome

Le regret est l’affluence, « seulement » 25000 fans garnissaient le Tokyo Dome qui peut en contenir le double. Cette impression de salle à moitié pleine n’était pas visible mais elle peut s’expliquer par le fait qu’un grand show le lundi dans un pays comme le japon ce n’est pas l’idéal. Le faste a désormais disparu et même si la rampe et la scène d’entrée sont toujours aussi immenses, toutes les entrées ont été classiques. De quoi laisser une petite impression anxiogène quand on aime le grand spectacle mais l’attention est ainsi davantage portée sur le ring.

Après un pré-show marqué par le New Japan Rumble remporté par l’ancien Jado, le show principal débute avec comme d’habitude les titres IWGP Junior poids-lourd par équipe. Quatre équipes s’affrontent dont une nouvelle venue. On retrouve les reDRagon champions en titre, les incontournables Young Bucks, Roppongi Vice tous déjà champions ces derniers mois mais également Aerial Dogfight, équipe composée de Ricochet et Matt Sydal. Ricochet est le joker de ce match, entrant en scène dans la deuxième partie du match pour faire se lever la foule et rappeler qu’il est finalement partout chez lui dans le monde.

Tous ces gabarits équivalents donnent un spectacle de haute voltige bien entendu, chaque équipe a d’abord son passage d’expression avant que toute cette folle chorale s’exprime en choeur. Deux sauts ratés à l’extérieur mais sinon pas de fausse note même quand l’imposant Cody Hall, fils de Scott, intervient pour les Young Bucks. Ces derniers sont bien opportunistes et c’est souvent le cas quand ils remportent des titres. C’est leur quatrième règne qui démarre après s’être infiltrés alors que Ricochet et Sydal n’avaient plus qu’à cueillir le fruit de leurs 450 splashs. La soirée démarre bien pour le Bullet Club et les frères Jackson n’hésitent pas à faire un coucou à Kevin Owens et Neville pendant leur célébration.

Moins sympa, le moment faible d’un show globalement solide. Encore une nouvelle ceinture introduite sur le modèle mexicain des équipes de trois. Il s’agit des ceintures NEVER Openweight par équipe et les Briscoes font ici leur première apparition à la NJPW en compagnie de Toru Yano qui aime décidément les partenaires surprises lors de Wrestle Kingdom. En face d’eux, le trio du Bullet Club composé de Bad Luck Fale, Tama Tonga et Yujiro Takahashi. La prestation engagée de Mark Briscoe est à relever tout de même ainsi qu’un bon Tama Tonga dans le camp d’en face. La majeure partie du match tourne autour de Yano qui fait le show avec ses mimiques et son vice mais qui sert surtout de punching ball. Mais il ressortira souriant avec les ceintures conquises avec les Briscoes qui ont fait tout le boulot en concluant avec leur Doomsday Device.

Jay Lethal victorieux sur le favori des japonais

La Ring Of Honor premier partenaire de la NJPW est donc bien présente à Wrestle Kingdom et le titre de champion du monde de la ROH est d’ailleurs mis en jeu pour la première fois sur cette scène. C’est un classique qui est proposé, entre le champion Jay Lethal et Michael Elgin qui avait gagné son match trois semaines auparavant à ROH Final Battle. Et c’est un ticket auquel il tenait car l’été 2015 marqué par ses prestations au G1 Climax l’a révélé aux yeux de l’exigeant public japonais. Il est ainsi le favori de la foule durant tout cet affrontement qu’il domine par une véritable démonstration de force. Mais Lethal a Truth Martini et surtout le fameux Book of Truth qui lui permet de trouver l’ouverture idéale pour frapper la Lethal Injection fatale à Elgin héros malheureux.

Classique de la fin 2015, l’affrontement entre KUSHIDA et Kenny Omega ressert une nouvelle tournée pour débuter 2016 mais celle-ci a un arrière-goût différent. KUSHIDA est accompagné par un Ryusuke Taguchi grimé en Doc Brown pour tenter de contrecarrer les interventions des Young Bucks. c’est d’abord bien raté car avant que la cloche sonne KUSHIDA et Taguchi sont passés à tabac et Omega se la joue ECW en se servant d’une poubelle pour retomber sur KUSHIDA à l’extérieur du ring. L’excentrique canadien fournit une grosse prestation davantage visible quand les Young Bucks sont mis hors service par Taguchi. Pourtant amoindri après une Kimura Lock de KUSHIDA, Omega combat avec vaillance et tente tout dans une dernière partie de match très enlevée où KUSHIDA se montre assez opportuniste en portant la Kimura Lock fatale pour s’adjuger à nouveau le titre IWGP Junior poids-lourd. Mais on sait aussi qu’Omega est ressorti en perdant magnifique qui a validé un ticket rare vers les gros titres.

Dernier Wrestle Kingdom pour Gallows et Anderson avant le grand départ

Lors de cette journée du lundi, beaucoup de bruits ont résonné jusque dans le Tokyo Dome. Le Bullet Club est en reconstruction avec les départs d’AJ Styles mais aussi de Doc Gallows et de Karl Anderson qui a quand même participé à 8 Wrestle Kingdom. Il s’agit donc d’un pilier du catch par équipe de la NJPW qui tire sa révérence et il le fait avec grand classe. Champions IWGP par équipe en titre, Anderson et Gallows fournissent leur meilleure prestation depuis bien longtemps. En face il faut dire qu’ils ont le partenaire idéal. Ils ont bien deux adversaires, le duo de Great Bash Heel qui avait remporté la Tag League en novembre dernier, mais c’est surtout Tomoaki Honma qu’on voit.

Honma, très longtemps cantonné au rang de jobbeur et dont la montée à partir de la mi 2015 a complètement enflammé les fans. Il bénéficie d’un soutien total et d’acclamations en série quand il frappe avec sa tête à quatre reprises dans ce match. C’est donc son heure de gloire qui sonne avec son tout premier titre à la NJPW partagé avec un habitué des ceintures, Togi Makabe. C’est quand même ce dernier qui aura le dernier mot avec la King Kong Knee Drop alors qu’il aura eu une présence minimale. Mais il ne pouvait y en avoir que pour Honma.

Même s’il y a beaucoup de ceintures en jeu, il y a aussi la place pour une rivalité en plein coeur du show. Hirooki Goto retrouve un Tetsuya Naito métamorphosé en heel qui aime bien frapper les caméramans. Naito est revenu vers sa formation mexicaine, intégrant Los Ingobernables et il a désormais à ses côtés Evil, anciennement Takaaki Watanabe, et BUSHI, plus vicieux que jamais pour l’aider à anéantir Goto. C’est le schéma de la première partie de match où Goto doit vraiment composer avec les interventions et Naito a complètement l’avantage et peut parader. Pas de hauteur atteinte dans cet affrontement mais un bon rythme lentement mais surement de plus en plus à l’avantage de Goto qui repousse une menace qui n’a pas fini de faire parler d’elle.

On sait à la WWE avec Brock Lesnar que la force brute est toujours incroyable à voir. Et quand cette force brute est la caractéristique de deux adversaires, ça donne un match ultra stiff excitant pour les fans. Katsuyori Shibata tentait de détrôner Tomohiro Ishii, le champion NEVER Openweight. Et d’entrée on connait le programme, baffes à volonté avec une intensité dingue de défi perpétuel. Aucun ne veut lâcher le moindre pouce de terrain, montrer le moindre signe de faiblesse et il s’agit d’en remontrer à l’adversaire en encaissant au maximum mais aussi en répliquant au plus fort. Après cinq premières minutes très égales, Shibata prend un petit avantage qu’il va fructifier petit à petit. Ishii ne peut pas passer ses terribles Clotheslines ni placer son Piledriver. Shibata s’envole ainsi irrésistiblement vers le succès après avoir démontré qu’il était vraiment le plus fort.

AJ Styles et Shinsuke Nakamura en très grande forme

Shinsuke Nakamura contre AJ Styles, c’est à la fois une grande première dans un gros affrontement mais aussi une dernière à la NJPW. Striker n’hésite pas à vite faire remarquer qu’ils laisseront un grand vide. AJ Styles a en effet fait son trou à la NJPW en tant que leader du Bullet Club et a le soutien de nombreux fans. Le public est finalement assez partagé, une surprise tant Nakamura est populaire depuis de nombreuses années. Nakamura défend le titre IWGP Intercontinental à Wrestle Kingdom pour la troisième fois. Ce match est très équilibré et met bien en valeur les qualités des deux hommes qui se complètent très bien. AJ Styles a souvent la réponse aux attaques de Nakamura et ce sont essentiellement les soumissions qui sont proches d’aboutir.

C’est une version d’AJ Styles à laquelle on est peu habitués et d’ailleurs ce dernier finit par revenir à son plan habituel du Styles Clash qu’il frappe dans une séquence où il ajoute le Booma Ye de Nakamura. Nakamura survit à cette séquence et on sent bien que la chance d’AJ est passée. Nakamura a quand même besoin d’enchainer trois Booma Ye pour être bien sûr de l’emporter, ce qui montre aussi la hauteur du match où les finishers même en quantité ne suffisaient pas toujours. Nakamura toujours champion célèbre cette victoire avec une forte émotion qui illustre bien le climat de ce match entre deux grands hommes de la NJPW qui enflammeront prochainement les rings de la WWE.

Bouquet final avec Kazuchika Okada et Hiroshi Tanahashi

Il reste quand même deux gros atouts dans la manche de la NJPW et pas des moindres. Kazuchika Okada contre Hiroshi Tanahashi, c’est LA rivalité au plus haut niveau depuis 2013. Six affrontements pour le titre IWGP poids-lourd pour un parfait bilan de trois victoires chacun. Mais Okada a beaucoup plus à perdre mais aussi à gagner dans cet affrontement et on se souvient de ses larmes l’année dernière après avoir encore échoué contre Tanahashi à Wrestle Kingdom 9 après être déjà tombé à Wrestle Kingdom 7. Même si entretemps il avait conservé le titre IWGP poids-lourd à Wrestle Kingdom 8 contre Naito, Okada devait vraiment exorciser la malédiction du Wrestle Kingdom qui l’empêchait de totalement s’asseoir sur le trône de la NJPW.

L’enjeu est donc énorme, il s’agit vraiment d’une suprématie, d’un choc de générations. Et quand on se souvient qu’au G1 Climax, les deux stars n’avaient pu se départager après 60 minutes, l’affrontement pouvait ainsi durer et être de qualité. Le public l’a bien compris que quelque chose peut se passer dans ce classique et est plus que jamais électrique. En revanche gros malus à la technique lors de l’entrée d’Okada botchée par un faux contact. Mais les artistes s’expriment vraiment sur le ring et même si on connait le programme, il présente toujours un très fort intérêt.

Kazuchika Okada trouve d’abord la parade à toutes les attaques de son rival qu’il ne veut surtout pas battre par décompte à l’extérieur. On est vraiment dans un choc des rois où Tanahashi s’attaque souvent aux jambes d’Okada, un schéma souvent vu par le passé. Tout est parfaitement huilé et Okada passe un nombre de drop kicks ahurissant. Le maitre de la planète catch dans ce domaine se régale et régale mais Tanahashi finit par le piéger avec le Texas Cloverleaf. Okada se dégage mais une tournée d’High Fly Flows est proche de le faire tomber. Aucun ne lâche et chacun utilise le finisher de l’autre, ainsi Okada s’essaye au High Fly Flow après son Rainmaker sans réussite et Tanahashi retourne la politesse avec le Rainmaker là aussi sans réussite.

C’est quand Tanahashi est proche de terminer l’affaire à son avantage alors que les 35 minutes de match sont atteintes qu’Okada va livrer un énième drop kick salvateur pour contrer un High Fly Flow. le Piledriver puis trois Rainmakers sont nécessaires pour abattre sa némésis et atteindre enfin le firmament qui lui était promis à Wrestle Kingdom. Même si Tanahashi est loin de la fin, on sent qu’il y a eu un passage de torche entre deux hommes qui se respectent énormément sur le ring et en dehors. Kazuchika Okada ressort ainsi de Wrestle Kingdom avec un grand sourire et sous une énorme acclamation.

Wrestle Kingdom 10 aura été un show de qualité, marqué par beaucoup d’engagement et très peu de temps faibles. La carte était équilibrée, tous les matchs présentaient un gros enjeu et de l’incertitude. Au final la symbolique est forte car Okada est définitivement un très grand de la NJPW tandis que Nakamura, AJ Styles et Anderson fournissent leurs dernières batailles avec style. La NJPW a montré qu’elle peut survivre à des pertes importantes.

Brousti
Auteur :
Rédacteur hyperactif. Spécialiste de l'overselling.