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WWE Royal Rumble 2018 : Asuka, Nakamura mais surtout Ronda

Asuka et Shinsuke Nakamura iront à WrestleMania 34 avec un match de championnat assuré, tandis que Ronda Rousey est venu chercher du challenge à la WWE, terminant sur une image forte. Retour sur l’édition 2018 du Royal Rumble.

WWE

On y est. Après un NXT Takeover : Philadelphie de haute volée ponctué par un main-event entre Johnny Gargano et Andrade « Cien » Almas de folie, la Road to WrestleMania débute avec le Royal Rumble. Et il fallait vraiment se mettre au niveau pour le main roster après le show donné par la division NXT. Heureusement, il y avait de quoi faire : un triple threat de bourrins, deux tag teams à potentiel, un handicap match entre trois chouchous des fans de catch et surtout, deux Rumble Matchs dont le premier de l’histoire pour les femmes.

Un programme chargé du coup qui représentait la première grosse difficulté de ce Royal Rumble 2018 : réussir à construire une carte avec deux matchs d’environ une heure tout en gardant le public vivant. Mais bien avant, puisque le show dure quatre heures, on a eu le droit à deux heures de kickoff loin d’être mémorable. Un tag team entre les Cruiserweights instantanément oublié dès que le tombé est effectué, un tag team match entre Gallows & Anderson et The Revival très générique et surtout un open challenge un peu décevant.

Alors on se doute qu’on ne pas avoir du grand nom en kickoff mais franchement, Mojo Rawley ? Le match est pas horrible évidemment, c’est honnête par rapport à ce qu’on peut espérer d’un match comme cela, mais c’est triste de voir que la réponse à un open challenge pour le titre des États-Unis vient d’un des huit participants au tournoi pour ce même titre qui vient à peine de se terminer. Bobby Roode conserve, et heureusement. Reste que la Road to WrestleMania du titre US va de nouveau être au second plan, ce qui n’aide définitivement pas le titre secondaire de SmackDown qui a bien du mal à briller

Owens & Zayn gérés par AJ Styles

On se doutait que AJ Styles allait garder le titre, reste que ce handicap match représentait normalement une menace pour le champion. À deux contre un, le scénario aurait dû s’orienter vers une domination des heels. À la place, on a eu une quasi démonstration du champion, repoussant assez fréquemment les assauts des deux canadiens, sans jamais vraiment être en danger.

Il y a eu un seul gros nearfall de AJ Styles dans ce match après une Blue Thunderbomb de Sami Zayn et sinon il s’en est plutôt sorti tranquillement. Enfin, avec une grande habileté technique quand même. Il faut le dire, ces trois-là ont en très peu de temps offert des spots vraiment sympas pour un opener. L’occasion d’ajouter que le match pour le titre de la WWE en opener est un peu discutable mais la WWE voulait sûrement assurer le spectateur que AJ Styles serait bien champion avant de faire parler Nakamura après sa victoire.

Reste que du coup, le match est techniquement fluide mais indéniablement trop court. Du fait du Rumble supplémentaire, les matchs de championnat majeur se sont un peu faits grignoter. Du coup, on a un match agréable mais très court et qui finit par une décision arbitrale bien étrange. L’arbitre considère Kevin Owens comme homme légal alors qu’il est à un petit mètre et que même un myope astigmate presbyte proche de la cécité aurait pu voir que le tag n’était pas effectué.

Un peu dans la même logique pour SmackDown Live, le 2 out of 3 falls match entre les Usos et l’équipe de Benjamin et Gable a offert une qualité technique ultra agréable avec notamment un Chad Gable qui aurait mérité plus de temps sur le ring tellement il semblait en feu. Mais comme le match pour le titre de la WWE, le match a pris une tournure assez brève avec une victoire 2-0 des Usos. Loin d’être scandaleuse, cette victoire laisse un goût de trop peu en bouche.

Les deux équipes semblent vraiment se trouver hyper facilement sur le ring et peut-être qu’un match simple avec une ouverture pour un autre match aurait été tout aussi bien. Pourquoi faire un 2 out of 3 falls si c’est pour offrir un match qui aurait pu tenir tout seul. Évidemment l’élément de surprise d’un 2-0 est aussi souhaitable, il ne faut pas qu’un 2 out of 3 falls finisse toujours en 2-1, mais faire durer un peu plus le match pour le second tombé n’était pas impensable. Mais une fois encore, les deux Rumble ont vraiment fait de l’ombre au reste du show par leur caractère chronophage.

Un Rumble Masculin excellent

C’était probablement le plus gros point noir du Royal Rumble 2017 : le Rumble Match avait été assez fade, trop attentiste du quatuor Lesnar / Goldberg / Undertaker / Roman Reigns. Cette année, seul Roman Reigns s’est glissé dans le Rumble Match mais il faut bien le dire, ce Rumble Match masculin s’est fait sans trop de noms ronflants et s’est construit autour de catcheurs qui ont marqué les derniers mois.

Ce placement loin du main-event a permis plusieurs choses : avoir un public frais et surexcité pour le Rumble Match comme chaque fan de catch peut l’être, de se permettre quelques éliminations surprises et surtout d’être totalement décomplexé. C’est bien simple, les dix premières entrées et l’overbooking total du match ont offert à ce début de Rumble un divertissement constant. Tout a été bien rythmé et bien choisi.

De Rusev entrant #1 devant une foule qui ne voulait que lui au running gag de Heath Slater, tous les catcheurs impliqués dans ce début de Royal Rumble ont chauffé la foule tout en offrant un spectacle entraînant. Le premier tiers de ce Rumble Match est un savant mélange de grosses entrées – notamment l’entrée surprise d’Andrade « Cien » Almas qui a surfé sur son énorme match de la veille face à Johnny Gargano, de segments amusants et finalement de très peu d’éliminations.

L’élimination de Sheamus est probablement ce qui était le plus fun, suivi par Heath Slater qui venait de l’éliminer. Heath Slater que Sheamus avait aidé à monter sur le ring après un bon dix minutes passées à ramper pour rentrer. C’est d’ailleurs l’une des forces de ce Rumble. Avoir réussi à composer des petites dynamiques entre les catcheurs pour offrir un rythme plaisant et très rarement ennuyeux. La presque élimination de Kofi Kingston était moins impressionnante mais encore une fois divertissante et c’est ce qui compte.

On a eu quelques bonnes bonnes surprises : l’arrivée d’Almas puis celle d’Adam Cole pour NXT, The Hurricane et Rey Mysterio qui assurent chacun dans leur style le quota de revenants. Mais en dehors de cela, ce Rumble s’est plus fondé sur les interactions que sur l’élément de surprise et c’est probablement ce qui l’a rendu meilleur. Ce Rumble s’est concentré sur ses catcheurs, et c’est ce qui a permis d’offrir un final qui a tranché avec la légèreté globale des trois quarts de ce Rumble.

L’élimination de Seth Rollins par Roman Reigns, l’arrivée de Rey Mysterio puis la fin des entrées ont plongé le match dans un aspect beaucoup plus sérieux. Le sentiment naturel de tension est venu au fur et à mesure que le nombre de catcheurs sur le ring baissait. Le top 6 ainsi que le final four était aussi brillantissime. Une opposition de deux générations avec Rey Mysterio, John Cena et Randy Orton et de l’autre Roman Reigns, Finn Bálor et Shinsuke Nakamura. Un trois contre trois qui glisse en deux contre deux une fois Mysterio et Orton sortis du Rumble.

On tourne alors à une opposition de style. Roman Reigns et John Cena contre Shinsuke Nakamura et Finn Bálor. Une composition qui permet au public de totalement se lâcher, criant sa haine pour Cena et Reigns autant que son amour pour Nakamura et Bálor. L’élimination de Bálor finit de ranger le public à la cause de Nakamura. On remarque alors que John Cena est bien plus intense qu’habituellement et que si vous vouliez voir John Cena heel, c’est probablement ce qui s’en approche le plus sur ce final de Royal Rumble.

Finalement, en un contre un contre Roman Reigns et après un dernier segment où chacun prend de gros risques, c’est Shinsuke Nakamura qui gagne avec son Kinshasa pour ensuite annoncer immédiatement qu’il ira défier AJ Styles. De quoi ravir un public et déjà se sentir à fond pour WrestleMania 34. Shinsuke Nakamura vs AJ Styles dans un des matchs principaux de WrestleMania, c’est assez pour déjà vouloir y être.

Difficile de passer après le Rumble

Et le public comme les abonnés du Network s’y voyaient peut-être déjà trop. Un Rumble Match est un investissement émotionnel important pour un fan de catch, et quand on sait qu’il y en a un deuxième qui arrive, l’envie de souffler prend le dessus, même quand Cesaro et Seth Rollins sont sur le ring. C’est presque triste pour eux mais c’est ce qu’on appelle un sacrifice nécessaire. Pour pouvoir apprécier le Rumble féminin en main-event, la WWE a envoyé à la suite le match pour les titres tag team de RAW puis celui pour le titre Universal comme un relâchement pour le public.

Du coup, difficile de s’impliquer dans ce tag team match qui en une dizaine de minutes a juste laissé le temps d’admirer Seth Rollins qui après une performance plus qu’honorable dans le Royal Rumble, doit faire le match seul suite à une blessure de Jason Jordan. Le duo des champions est d’ailleurs en désaccord et Jason Jordan ne rentre dans le match que pour mieux en ressortir et laisser Rollins seul face à Sheamus et Cesaro. L’inévitable arrive et The Bar gagne sur un White Noise porté à deux.

Une victoire un peu par défaut et qui devrait juste permettre de faire une transition dans la division par équipe. The Revival ainsi que Gallows & Anderson sont en bonne position pour revenir au premier plan donc autant achevé l’équipe temporaire de Seth Rollins et Jason Jordan pour passer à des matchs de plus grande ampleur d’ici WrestleMania.

On pourrait se dire que le public serait revenu de sa pause, mais non, même le triple threat match pour le titre Universal est plutôt tranquille sur un plan sonore. Pas faute pourtant d’y avoir mis du sien pour Brock Lesnar, Braun Strowman et Kane. En dix petites minutes, les trois catcheurs ont détruit les abords du ring et se sont envoyés dans les tables à droite et à gauche. À tel point qu’à un moment Braun Strowman se jette seul dans une table, probablement une erreur de timing par rapport au spot prévu avec Kane mais c’est largement excusé.

Au final, le scénario du match était comme prévu. Brock et Braun se sont envoyés sur la tronche sévèrement, Kane a joué le chandelier dans ce tête à tête pour qu’au final Brock Lesnar puisse faire le tombé sur lui. Rien de nouveau sous le soleil, Braun est toujours aussi cool dans les matchs du genre, Brock Lesnar file tranquillement à WrestleMania mais on se dit qu’avec Elimination Chamber, on va avoir une chambre blindée de gros bras entre Strowman, Lesnar, Kane et Roman Reigns peut-être s’il délaisse le titre Intercontinental – ce qui n’est pas forcément fait.

Asuka et le Rumble féminin ne déçoivent pas

C’est quand on ne le réclame plus qu’on l’a. Un match féminin en main-event d’un pay-per-view du big four. Énorme opportunité laissée par la WWE aux catcheuses de son roster. Une opportunité qu’elles ont globalement bien honorée. C’était pas toujours régulier et le public a eu du mal à rentrer mais les différentes entrées surprises et la construction progressive de la seconde moitié de ce Rumble féminin ont fini par emporter la foule et ont permis à ce Rumble d’être une vraie réussite.

Le début était toutefois assez inégal. Si Sasha Banks et Becky Lynch ont débuté ce Rumble, le vrai début de ce Rumble Match se trouve plus dans l’arrivée de Lita en cinquième position, qui va s’offrir un joli run et deux éliminations sympas avant de se faire éjecter par une Becky Lynch huée par la foule pour le coup. Derrière, c’est d’ailleurs plutôt les revenantes qui vont animer le Rumble.

Michelle McCool, Molly Holly, Jacqueline, Torrie Wilson, Kelly Kelly, Vickie Guerrero, Trish Stratus et Beth Phoenix ont accompagné Lita dans ce Rumble. Sur les trente participantes, neuf étaient donc des anciennes catcheuses/divas – ou figure d’autorité pour Vickie Guerrero dont l’entrée est probablement la plus surprenante de toutes – un choix logique quand en l’état le roster féminin n’est pas très varié même en prenant en compte NXT.

On ne comptera pas vraiment Brie Bella et Nikki Bella même si au sens strict du terme pour Brie Bella, celle-ci avait prise sa retraite mais elles ont eu une présence encore marquante dans les deux dernières années là où les autres retours sont moins familier. On notera d’ailleurs la forme de Lita, Trish Stratus et surtout Beth Phoenix qui profite de ce Rumble féminin pour devenir la seule femme à avoir participé au Rumble Match masculin et au féminin.

Pour le reste, les catcheuses actuelles ont été assez discrètes, les clans Absolution et Riott Squad ont été quasi inexistants, et sauf grosse tête d’affiche, on a pas eu la même effervescence que dans le Rumble masculin où quasi tout le monde avait eu son petit moment. Ici, c’est plutôt Nia Jax qui a profité de son statut de monster heel pour dominer une partie de ce Rumble Match, effectuant quatre éliminations d’affilée dont une assez impressionnante sur Naomi qui avait pourtant très bien suivie les leçons de Kofi Kingston.

Sasha Banks a également était intéressante. En dehors de son record de temps passé dans le Rumble féminin avec 54 min 46s, elle a progressivement montré une attitude plus agressive envers les autres catcheuses notamment lors de l’élimination de Bayley qui pourrait déclencher une rivalité mais surtout face à Asuka où les deux se sont énormément provoquées jusqu’au moment où Sasha s’est emportée à trop vouloir éliminer Asuka alors qu’elles étaient dans le Final Four avec les Bella Twins.

Le scénario du dernier trio était plutôt lisible. L’élimination de Brie Bella par Nikki Bella coulait de source pour permettre à Asuka de gagner. Une victoire qu’on pouvait très largement prévoir et qui malgré tout a été vraiment bien exécuté, pas trop forcée non plus. Asuka n’était pas invulnérable ou trop dominante, se permettant juste des faces à faces bien sympathiques avec Ember Moon, Sasha Banks et Bailey.

Ronda Rousey a réussi à passer la frontière colombienne

Mais l’événement final n’est même pas dans cette victoire puisqu’au moment de choisir vers quel titre Asuka veut aller, Ronda Rousey débarque à la WWE. Une arrivée accompagnée sur les réseaux sociaux de l’annonce d’un contrat à temps plein pour l’ancienne champion UFC. Elle en profite pour défier Asuka et les championnes sur le ring puis d’aller serrer la main à Stephanie McMahon, ouvrant le champ des possibles par rapport à WrestleMania 34.

Si la division féminine a déjà ses anciennes pratiquantes de MMA, l’arrivée de Ronda Rousey est d’un autre calibre. Ronda Rousey a un statut énorme aux États-Unis suite à sa série de victoires à l’UFC et de ses projets extra-sportifs au cinéma. C’est bien simple, Ronda Rousey a bien moins besoin de la WWE que la WWE a besoin de Ronda Rousey. Si l’on parle sur un plan uniquement centré sur le catch, elle a tout à prouver. Mais en terme de communication, c’est probablement le meilleur coup de la part de la WWE depuis de très longues années.

Avoir un personnage de ce calibre à temps plein, c’est se garantir l’attention des médias pendant plusieurs mois ainsi que d’attirer de nouveaux spectateurs pour RAW voire SmackDown Live si la WWE joue sur l’ambiguïté du segment de ce dimanche. Et tout ça en mettant en avant le renouveau de la division féminine qui offre un panel très varié de catcheuses. Pratique quand on sait que la WWE va bientôt pouvoir renégocier son contrat télé avec NBC Universal.

Alors évidemment, on risque de devenir allergique au profil MMA, mais il y a possibilité que Ronda Rousey oriente son style autrement, sans se ramener avec les gants et la tenue de l’UFC. Il faudra attendre pour voir au niveau du catch si son arrivée est bénéfique à la division mais la seule chose qui est sûre c’est qu’hier soir, il n’y a jamais eu autant d’attention autour de la division féminine de la WWE.

Et surtout, ce Royal Rumble, il a accompli sa mission de lancer la Road to WrestleMania à une vitesse incroyable. C’était un show inconstant mais dont les matchs phares n’ont pas laissé indifférent. Un show qui avait une construction, un véritable objectif et ça s’est senti du début à la fin. Même le flottement entre les deux Rumble, on sent que la WWE l’avait prévu en donnant moins de temps aux matchs de RAW par rapport aux deux de SmackDown Live.

On sort de ce Royal Rumble 2018 avec la sensation d’avoir vécu un vrai moment d’histoire de la WWE, pas le moment forcé où l’on nous rabâche qu’on est là pour « Faire l’histoire ». Non, là, l’histoire elle s’est faite, face à nous et on espère qu’elle va continuer à s’écrire jusqu’à WrestleMania 34. En tout cas, nous, on est prêts.

WWE Royal Rumble 2018 : Asuka, Nakamura mais surtout Ronda
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