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NJPW Wrestle Kingdom 15 – Nuit 1 : Le rêve d’Ibushi

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Retour sur la première soirée de NJPW Wrestle Kingdom 15, soirée qui a sacrée Kota Ibushi double champion IWGP Poids Lourds et Intercontinental.

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Depuis désormais vingt-neuf ans, la NJPW convie ses fans au sein du gigantesque Tokyo Dome le 4 janvier de chaque nouvelle année pour présenter son plus gros show de l’année : Wrestle Kingdom. Un succès tel, encouragé par l’expansion internationale de la promotion japonaise que cette dernière a décidé depuis l’an passé de faire durer les festivités un jour de plus.

Une quinzième édition de Wrestle Kingdom qui ne sera pas la même que les précédentes, la faute à l’épidémie de COVID-19. Au Japon, une nette augmentation de cas est observée depuis le mois de décembre et l’organisation de Wrestle Kingdom 15 fut un temps menacée avant de recevoir le feu vert des autorités sanitaires. Au cours de ces deux jours, le Tokyo Dome aura accueilli près de 20 000 spectateurs, la plus grosse affluence mondiale depuis le début de pandémie.

Comme l’an dernier, les ceintures IWGP Heavyweight & Intercontinental sont au centre de l’attention avec les trois mêmes hommes que l’an passé : Jay White, Kota Ibushi et Tetsuya Naito, héros de Wrestle Kingdom 14 revenant au Dome avec ces mêmes ceintures mais cette fois-ci ce rôle est attribué à son rival Ibushi, qui après l’humiliation de l’an passé compte devenir Dieu, selon ses dires — tandis que l’ombre de White plane sur son destin, prêt à jouer les trouble-fêtes.

C’est pas ma guerre colonel

Après quelques années d’absence, il effectue son retour — pas vraiment attendu — au sein du pre-show de Wrestle Kingdom 15 : le New Japan Rambo. Dans un concept ressemblant à un Royal Rumble, le Rambo fait office de décharge où l’on y jette tous les gonzes qui n’ont pas eu la chance d’avoir un programme pour le grand événement.

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C’est ainsi qu’on retrouve tristement des noms tels que Minoru Suzuki, Hirooki Goto, YOSHI-HASHI, Tomohiro Ishii ou encore SHO se perdre dans ce match. Comme d’habitude, on y retrouve des vétérans, des young lions et les midcarders et ce n’est vraiment pas intéressant. La spécificité de ce match étant que les quatre derniers participants concourront le lendemain pour le trophée KOPW 21 devenu vacant le 1er janvier.

S’en sortent au final Bad Luck Fale, BUSHI, Chase Owens et Toru Yano… qui n’aura pas même eu à catcher puisque lors de son entrée, les jeunes Gabriel Kidd, Yota Tsuji et Yuya Uemura se sont fait éliminer, le qualifiant donc. Du pur Yano. Même pas envie de développer, certains se sont réveillés à 8h00 du matin pour voir ça.

L’ingouvernable fantasme

La première soirée de Wrestle Kingdom 15 s’ouvre réellement par un combat de la division Junior opposant Hiromu Takahashi à El Phantasmo, le gagnant affronte Taiji Ishimori le lendemain pour le championnat IWGP Junior Heavyweight. Le premier est le vainqueur du Best of the Super Junior 27 tandis que le second a remporté la Super J-Cup 2020 et chacun souhaitant à prouver qu’il est le plus fort sur la plus grande scène japonaise.

Malgré une affiche alléchante, il s’avère néanmoins que cet affrontement est sacrément tombé à plat. Que c’était mou. Surtout quand la foule est complètement endormie. Bien qu’elle ne soit plus en capacité de crier, cette dernière peut toujours taper des mains à sa guise et il semble qu’elle n’était pas emballée devant ce qui se déroulait sous ses yeux. Couplé au fait que la prise de son était faible, s’avérant difficile de bien l’entendre.

Sur le ring, ça reste tout de même propre. Une bonne construction où l’on voit Phantasmo prendre l’avantage sur un Takahashi en manque de moyens face aux gruges de son adversaire. ELP lui, joue la heat facile en administrant un Bloody Sunday suivi d’un Styles Clash, prises de finitions de Finn Balor et AJ Styles lorsqu’ils étaient à la tête de BULLET CLUB. Ce match souffre surtout d’un manque de dynamisme, surtout quand on connaît les capacités athlétiques des deux hommes. Phantasmo est toujours aussi agile, marchant sur les cordes tel un chat et de claquer des moonsaults à l’extérieur tandis que Hiromu se montre moins flashy.

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Ne parvenant pas à prendre l’ascendant, l’ingouvernable use d’un petit paquet pour remporter le match comme un filou. D’un côté, ça protège ELP de prendre une défaite clean mais de l’autre, on pourrait se dire que si Hiromu galère déjà face au canadien, qu’est-ce que ça donnera face à Taiji Ishimori.

Sept destinées

La division par équipes de la New Japan est si variée que l’on retrouve depuis maintenant Wrestle Kingdom 11 les Guerrillas of Destiny impliqués dans le match comptant pour les championnats par équipes. Non content de voir Tama Tonga & Tanga Loa dont le travail est bon mais cela exprime le manque total d’intérêt de la NJPW pour ses équipes. Face à eux se dresse une alchimie sans pareille et champions par équipes : Taichi & Zack Sabre Jr, qui n’est plus cantonné au championnat British Heavyweight de la RevPro et ça fait plaisir.

Bien loin d’être un match où va pleuvoir la voltige, des prises de risques ou des grosses tatanes japonaises, on fait face à un match diablement efficace dans sa construction. Que ça soit les Tekkers ou les GOD, ce sont de bons gros grugeurs qui vont user de toutes les techniques pour prendre l’avantage et une superbe dynamique a découlé de ce match par équipes. Néanmoins, plus le match progressait, plus ZSJ & Taichi devenaient les favoris de la foule, quelle chose invraisemblable.

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Les Guerrillas of Destiny commencent à prendre peu à peu Taichi dans leurs coin, créant donc une envie folle de la foule de le voir faire le hot tag à Sabre Jr., ce qu’il fait, ce dernier nettoie le ring et parvient à se mettre le public en poche alors qu’il a toujours été la plus gros des salauds, un euphémisme pour un anglais. Le britannique prouve encore une fois son excellence dans le ring, confirmant ainsi son statut de l’un des meilleurs workers de la New Japan

Les Dangerous Tekkers finissent par se faire avoir par leurs propres techniques lorsque Tama Tonga se saisit du Iron Finger from Hell et le plante tout droit dans la face de Taichi qui se doit de s’incliner et d’offrir aux GOD un septième règne de champions par équipes, un record.

Sieste américaine

Champion depuis désormais un an et sa victoire face à Lance Archer, ce bon vieux Jon Moxley détient toujours le championnat IWGP des Etats-Unis et ne peut voyager au Japon en raison du protocole sanitaire qui l’éloignerait de l’AEW durant un mois. KENTA fait depuis le mois d’août l’intermédiaire au travers d’une mallette lui garantissant un match de championnat face à Moxley. Se dressait cette fois-ci face à KENTA le vétéran Satoshi Kojima, remplaçant au pied levé Juice Robinson, qui s’est fracturé le plateau orbital de l’un de ses yeux.

Jon Moxley qui apparaît seulement à l’écran au travers d’un promo pré-enregistrée où il déclare qu’il est toujours le champion — tu m’étonnes, on était à deux doigts de lancer une alerte enlèvement du titre — et annonce qu’il affrontera le gagnant du match. On ne sait pas où et quand, mais ça va se faire. Quand Tony Khan décidera de se passer de l’un de ses têtes d’affiches durant un mois, peut-être.

Un Tokyo Dome qui s’affiche totalement du côté de Kojima, les vétérans demeureront toujours adulés quoi qu’il arrive, surtout quand c’est ce salopard de KENTA qui l’affronte. On le sent confiant tant il sait que cette occasion sera certainement la dernière, à désormais 50 ans, la retraite est proche. À part quand on se nomme Terry Funk.

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À son âge, Satoshi Kojima a encore de la bouteille et des choses à faire valoir. À vrai dire, c’est carrément lui qui porte le match sur ses épaules tant son adversaire semble passif à l’action. On a le droit aux standings inintéressants de KENTA face à un Kojima qui tente tant bien que mal de prendre le dessus. Un match pas foncièrement mauvais mais pas correct non plus. C’est un match vraiment moyen dont le seul plaisir est d’y revoir un vétéran qui tient toujours la forme.

L’Empire l’As

Après s’être mesuré à Kazuchika Okada lors de Power Struggle en novembre, le Great O’Khan s’attaque cette fois-ci à la coqueluche ultime en la personne de Hiroshi Tanahashi. On attend tous d’en voir davantage de O’Khan, dont le développement approximatif pourrait lui causer une nette perte d’intérêt.

On sent que l’ancien Tomoyuki Oka en a à revendre mais face à un public qui ne peut s’exprimer, c’est sacrément tendu. Tanahashi le guide et porte le match. C’est solide sans être bon. O’Khan a le mérite d’au moins de se servir correctement de ses deux mains au travers de ses Mongolian Chop qui l’utilisent à outrance à chacun de ses match. On sent le projet derrière lui mais le gonze suscite peu d’intérêt et à ce train-là, il restera aux yeux de la foule le garde du corps de Will Ospreay.

Alors qu’une victoire sur l’Ace en personne aurait pu lui apporter grandement, Great O’Khan est une nouvelle fois défait face à une New Japan qui ne souhaite pas prendre de risque d’infliger une cuisante défaite à l’un de ses piliers. La carrière de Hiroshi Tanahashi est faite, c’est pas un match perdu contre un jeune à mettre en avant qui va le décrédibiliser. Surtout quand on sait que Tana n’est pas le genre à garder la lumière pour sa tronche.

Empereur Rainmaker

Sa trahison ne doit pas rester impunie : Kazuchika Okada s’apprête à affronter celui à qui il a tendu la main il y désormais cinq ans : Will Ospreay, désormais leader de sa propre faction de The Empire, adoptant le surnom du Commonwealth Kingpin tout en amenant sa petite amie Bea Priestley comme manager. La bonne petite recette pour se faire huer, ou copier Kenny Omega, au choix.

Cette confrontation était vendue comme un main-event au même titre que le Tetsuya Naito contre Kota Ibushi et les deux hommes n’ont pas tarder à le prouver. Ils se sont démontés le coin de la tronche pendant trente-cinq minutes et durant lesquelles il y aurait de nombreuses choses à dire. Concernant l’exécution, elle était franchement à la limite du parfait. Une construction qui pourrait être classique mais qui reste efficace. Des bonnes prises de risques comme un Okada qui claque un tope con hilo dans le plus grand des calmes et qui n’a pas caché son sourire après l’avoir réussi, et surtout un storytelling de grande qualité.

On pourrait reprocher à Will Ospreay d’être moins voltigeur qu’auparavant mais son changement d’attitude lui doit de moins mettre l’accent sur son style favoris, tout en ajoutant davantage de psychologie sur ses matchs qui en manquait à énormément et le faisait passer pour un spot monkey — on se souvient tout du match contre Ricochet en 2016. Néanmoins, son travail de heel, comme cité plus haut, fait vraiment penser à celui de Kenny Omega lorsqu’il a quitté la division Junior. Ospreay pompe tellement qu’on a la vague impression que le Cleaner est toujours à la New Japan.

Dans un match à la forte psychologie, c’est là où Kazuchika Okada excelle. Après une année 2020 bien terne, le Rainmaker reprend des couleurs dans un affrontement fratricide épique. Le seul défaut du match étant sa longueur, on a ressenti quelques rest-holds durant le combat mais l’intensité du combat y joue pour beaucoup. On leur pardonne.

Rêve exaucé

Après l’humiliation reçue des mains de Kazuchika Okada puis de celles de Jay White, Kota Ibushi fut le grand perdant de Wrestle Kingdom 14 et la Golden Star partait mettre toutes les chances de son côté pour revenir au Tokyo Dome, dans le main event qui plus est. Une rédemption qui a commencé par un titre de champions par équipes avec Hiroshi Tanahashi mais un règne sapé par la crise sanitaire. Le destin en veut réellement à Kota Ibushi. De retours aux affaires, il perd les titres face à Zack Sabre Jr. & Taichi et envoient ensuite l’Ace balader pour se concentrer sur le G1 Climax 30.

Le G1 Climax en poche tout en se targuant de l’avoir remporté pour la seconde fois d’affilé, Ibushi se fait prendre sous le nez et à la barbe la mallette par Jay White, anéantissant ses rêves au passage. Cependant, Tetsuya Naito, avec qui il a partagé le ring au sein de confrontations où ils ont mis tant de fois leur santé en péril lui accorde malgré tout un match le 4 janvier — tandis que Switchblade annonce prendre le gagnant le lendemain. La machine est relancée.

Une affiche protégée durant une année et demie devrait nous permettre de grandes choses. Néanmoins, une chose manquait à ce nouveau chapitre entre Naito et Ibushi : la dimension épique de leur affrontement. On se souvient de leur dernière opposition suicidaire de Dominion 2019, on y garde les prises de risques tout en y injectant une bonne grosse dose de psychologie. Le combat en reste sensationnel mais un certain goût d’inachevé se ressent à la fin du match.

On est tellement habitué à des confrontations épiques pour clore Wrestle Kingdom que ce main-event tombe carrément à l’eau. Néanmoins, le gagnant ravit tout les fans où Kota Ibushi exauce enfin son rêve en rivant les épaules de l’ingouvernable après l’avoir enchaîné de trois Kamigoye, tenace. Ibushi peut enfin célébrer avant que Jay White ne vienne au ring lui rappeler qu’il peut mettre fin à ce bonheur le lendemain. On s’attend à une grosse clim de la part du néo-zélandais et faire encoure courir ce bon vieux Kota.

Quand on y pense, la course au titre de Kota Ibushi a commencé il y a deux ans et demi lors de la finale perdue contre Hiroshi Tanahashi au G1 Climax 29. S’ensuit tout un parcours où il perd son partenaire Kenny Omega parti pour la All Elite Wrestling tandis que lui signe exclusivement pour la New Japan, brisant de ce fait le plafond de verre établi pour son vœu d’être libre. Après la douille de l’an dernier, Ibushi devient à son tour le héros de Wrestle Kingdom… peut-être pour seulement vingt-quatre heures.

Dans sa globalité, cette première soirée de Wrestle Kingdom 15 est très solide. Le double main-event a tenu ses promesses bien que le bas de carte s’est révélé correct sans être exceptionnel, excepté l’opener et le match par équipes. On attend plus que le coup de climatiseur de Jay White et tout sera formidable.

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