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Décryptage

Jon Moxley, la chose sauvage

Jon Moxley est revenu en janvier dernier après une cure de désintoxication et a entamé une sorte de chemin de rédemption jusqu’au titre majeur de l’AEW. Petit décryptage de la remontada de MOX.

AEW
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Fer de lance de l’AEW après avoir claqué la porte de la WWE, Jon Moxley incarne l’esprit rebelle et provocateur de la promotion de Jacksonville. Une ambiance tumultueuse de tous les instants qui nécessite parfois de se trouver un tranquillisant, quelqu’un ou quelque chose qui nous sort de notre bulle.

Pour Jonathan Good de son vrai nom, l’alcool a été un compagnon de route. Une consommation abusive qui s’est rapidement observée sur le corps du catcheur, rapidement devenu bouffi et rouge — Chris Jericho est aussi passé par là, avant de retrouver une forme physique plus saine récemment suite à un pépin de santé. Cette allure d’homme rustre, brutal, lui donnait un côté encore plus sauvage apprécié par les foules, mais beaucoup ignoraient les maux dont souffrait l’ancien champion du monde de l’AEW.

Et puis soudain, le 3 novembre dernier, la surprise : Le catcheur a accepté de son propre chef de suivre un programme de désintoxication. Un crève-cœur pour les passionnés de catch, mais une décision saluée par tous, l’AEW œuvrant, en outre, pour une interaction naturelle et sincère entre les talents et leurs fans.

La bagarre comme thérapie

Ainsi réapparaît Jon Moxley le 17 janvier dernier, quelques kilos en moins et une bien meilleure mine. Une prise de parole qui nous confirme un retour en grande forme, mais ce sont surtout les six mois qui suivent qui démontrent que les maux du catcheur ternissaient beaucoup de son talent. Le catcheur s’était enfermé dans une parodie de lui-même, cantonné à la simple bagarre que ça soit avec ou sans la panoplie d’armes adéquates.

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Si l’on se réjouit grandement de son retour, on ne sait où va mener la carrière de Moxley. Son année a été rythmée par une alliance avec Eddie Kingston qui s’est montrée plutôt divertissante au travers d’une dynamique type « Je t’aime, moi non plus ». Le duo fonctionne bien, le contraire aurait étonné, mais cela reste néanmoins deux potes de longue date qui se sont retrouvés et dont les trajectoires de carrière — et maintenant de vie — s’opposent grandement, un axe qui aurait pu être largement raconté entre les deux hommes.

Surgit dès lors le Blackpool Combat Club aux côtés de Bryan Danielson et leur mentor William Regal, puis désormais Wheeler YUTA et Claudio Castagnoli. Des mecs qui veulent se la donner avec tout ce qui bouge, forcément, cela plaît aux foules. Moxley se sent dans son élément, qui lui est propre, surtout. Quoi de mieux que d’aller fracasser quelques crânes avec les copains pour remonter la pente.

Tout de même bien loin d’être un unique moyen d’aider le catcheur à garder la tête haute, la faction est rapidement devenue l’une des plus populaires de l’AEW parce que la bagarre, ça rend tout le monde heureux. Une alliance qui profite autant au catcheur qu’à l’homme. C’est aussi une bonne chose de traîner avec William Regal, qui a lui aussi souffert d’addictions aux drogues et à l’alcool durant sa carrière.

Une machine brutale, un personnage inspirant

Désormais comme un poisson dans l’eau, Jon Moxley peut dévoiler tout son potentiel sur les rings de catch, et il ne déçoit clairement pas. Avoir les idées claires, c’est de tout de suite un facteur important lorsqu’on se produit devant une foule. Depuis son retour, Mox est une véritable machine. Ses combats sont désormais immanquables. Il fait bon de ressentir quelqu’un qui suinte autant la passion. Quiconque l’affrontant en ressort grandit, que ce soit seul à seul ou avec le Blackpool Combat Club, qui lui a révélé quelques atouts de technicité et ce n’est pas pour nous déplaire.

Même s’il se sent plus à l’aise face à un bagarreur ou un technicien, il est intéressant de le voir évoluer face à d’autres styles. On a vu Dante Martin aller tâter un Moxley qui ne prenait pas tant la voltige au sérieux, pareil pour Mike Bailey pour le compte de la REVOLVER, mais le Québécois sait aussi coller quelques bonnes poires. En parlant de catch indépendant, on pense à ce fracassement en règle face à Tom Lawlor du côté de la DEFY. Parallèlement champion du monde de la GCW, Moxley s’y est aussi fait plaisir face à quelques pointures comme Tony Deppen ou Biff Busick. Le sang se révèle être un facteur commun à de nombreux match depuis son retour. L’hémoglobine coule souvent à flot, parfois pour assurer le spectacle, soit.

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Avec la prise de conscience de Jonathan Good dans une ère où la santé mentale des sportifs professionnels est davantage médiatisée, que ce soit dans le monde du catch ou ailleurs, un individu de sa trempe se révèle rapidement comme un ambassadeur. On avait notamment vu l’ancien basketteur Charles Barkley, dont le frère a aussi souffert de problèmes similaire dans le passé, adresser son soutien au catcheur à l’antenne de l’émission « Inside the NBA » sur TNT.

Ses anciens partenaires du Shield, Roman Reigns et Seth Rollins, ont eux aussi salué cette prise de conscience. La WWE n’étant pas tellement le terrain où l’on évoque ses maux, le sujet n’étant visiblement pas très populaire en coulisse et en haut lieu, bien que beaucoup de ses actuels ou anciens talents ne manquent pas de le reprocher. Un constat regrettable de la part d’une grande entreprise comme la compagnie de Stamford dont la portée médiatique est bien plus grande.

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À l’AEW, le réel se mélangeant souvent à l’irréel, les situations personnelles de chacun peuvent être utilisées à bon comme à mauvais escient. On se sent tout de suite plus proche des talents, on s’identifie à eux, de quoi peut-être inspirer un déclic chez quelques-uns. Que ça soit une, comme dix, comme cent personnes et davantage : Jon Moxley a eu, a et aura un impact.

Alors que la consommation de drogues et de tabac est moins bien perçue, celle d’alcool paraît plus acceptable en société. Quelqu’un avec qui l’on peut boire des coups, tenant l’alcool, que ça soit physiquement ou au niveau du comportement, on ne l’alertera que si l’individu devient mauvais après quelques verres. Consommer, chaque jour, un verre de quelconque boisson alcoolisée revient à de l’alcoolisme, certes doux, mais toujours est-il que l’impact reste le même sur votre santé — À titre indicatif, en France, l’alcool est responsable de près de 50 000 décès par an. On ne sait pas quelle était la consommation de Jon Moxley, là n’est pas la question, mais ce dernier a tout de même réagi. L’importance d’être bien entouré dans le milieu personnel mais aussi professionnel est primordiale dans ce type de situation.

La récompense

Jon Moxley est ensuite devenu champion du monde de l’AEW par intérim suite à sa victoire sur Hiroshi Tanahashi, avec qui il s’en est donné à cœur joie, lors de AEW x NJPW Forbidden Door. Une victoire qui ressemblerait presque comme une récompense après avoir vaincu ses démons, mais ce couronnement est surtout la conséquence du parcours d’un homme qui a su se sortir de lui-même d’une maladie. Depuis son retour sur les rings, Moxley n’a jamais été aussi bon.

Jon Moxley, c’est l’histoire d’un passionné qui a souffert, comme beaucoup, mais dont les choix de carrière l’ont mené au sommet. Il a subi le revers de la médaille, mais s’est relevé. Au même titre que ses collègues Cash Wheeler et Dax Harwood ou encore Eddie Kingston, pour ne citer qu’eux — c’est souvent les passionnés qui sombrent dans l’excès — Moxley peut constituer un porte-étendard de l’évolution des mœurs à propos de la santé mentale dans le monde du catch. À une époque où certains vétérans trouvent inadmissible que les nouvelles générations préfèrent jouer aux jeux vidéo que de ramener des armes dans le vestiaire, l’industrie semble trouver le bon chemin.

Jon Moxley, comme d’autres catcheurs de plus en plus, prouve avec son histoire récente qu’il n’y a rien de mal à évoquer ses inquiétudes, son anxiété… tout ce que certains évoquent encore comme des faiblesses. L’être humain est fait d’émotions et de sentiments, certains se révèlent négatifs, mais si on peut les transformer en positifs, ou tout du moins les réduire, sans avoir ni peur ni honte de le faire, alors on est sur la bonne voie.

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