WWE Crown Jewel

L’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi peut-il remettre en cause le partenariat entre la WWE et l’Arabie Saoudite ?

L’affaire de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi pourrait perturber le partenariat de la WWE avec l’Arabie Saoudite.

Osman Orsal/Reuters

La WWE et l’Arabie Saoudite ont signé un partenariat de dix ans pour que la compagnie de Stamford y organise des shows à raison de deux fois par an pendant ces dix prochaines années. À la clé pour la WWE, 45 millions de dollars par an. Un partenariat unique au monde puisqu’établi avec un pays dont le projet est de se forger une meilleure image dans le monde.

Pas de chance, la réalité semble rattraper l’Arabie Saoudite dans l’actualité. Si vous n’avez pas suivi l’affaire, un journaliste saoudien du nom de Jamal Khashoggi, très critique envers le royaume et travaillant au Washington Post, a disparu le 2 octobre dernier alors qu’il visitait le consulat d’Arabie Saoudite en Turquie et n’a plus été vu depuis. La Turquie croit savoir que Khashoggi a été assassiné au consulat par des agents Saoudiens sous les ordres de l’Arabie Saoudite, et les États-Unis, où vivait le journaliste, penchent pour cette même théorie et pensent que le prince héritier Mohammed Ben Salmane est directement impliqué dans cette affaire, accusé d’avoir donné lui-même l’ordre d’assassiner le journaliste.

De nombreux dirigeants américains, républicains et démocrates comme le sénateur du Connecticut Chris Murphy — où sont par ailleurs installés les quartiers généraux de la WWE à Stamford — condamnent l’Arabie Saoudite et expliquent que cette affaire « devrait représenter une rupture fondamentale dans nos relations avec l’Arabie saoudite ».

De l’argent contre de la propagande

Ce qui pose problème ici n’est pas le simple fait d’organiser un show dans un pays, mais d’accepter l’argent d’un pays pour y organiser des shows dans un but de propagande.

Dans le cadre du projet Saudi Vision 2030 qui a pour but principal d’attirer de nouveaux investisseurs encore sceptiques à l’idée de s’implanter dans le royaume, l’Arabie Saoudite paye en effet la WWE — comme d’autres entreprises — pour qu’elle vienne y organiser des événements diffusés dans le monde entier, événements dans lesquels sont par ailleurs glissées des images vantant certains mérites du pays comme ce fut le cas pour WWE Greatest Royal Rumble tandis que les commentateurs expliquent que tout s’est bien passé et qu’ils ont été accueillis à bras ouvert.

Des images facilement qualifiables de propagande qui avaient déjà fait froncer quelques sourcils à l’époque et que l’on regarde encore plus différemment aujourd’hui.

Six mois plus tard la WWE se prépare à organiser un second show en Arabie Saoudite et l’affaire de la disparition de Jamal Khashoggi tombe très mal pour la compagnie de Stamford. Même si avec WWE Greatest Royal Rumble nous avions déjà eu beaucoup d’exemples montrant que la WWE avait mis de côté pas mal de ses principes, organiser un événement aussi grand que devrait être Crown Jewel et faire comme si rien ne s’était passé risque d’être non seulement difficile, mais aussi très mal vu aux États-Unis et ailleurs, et pas seulement chez les fans de catch. Une affaire aussi médiatisée que celle-ci ne peut pas être occultée aussi facilement.

Interrogée par plusieurs médias face aux critiques qui émergent de toutes parts, la WWE a indiqué en réponse dans un communiqué qu’elle « surveillait » la situation.

La WWE garde le cap, pour l’instant

Mais malgré cela, WWE envisage toujours de sortir le grand jeu pour Crown Jewel. Un tournoi « Coupe du Monde » où pour le moment seuls des catcheurs américains sont qualifiés, un affrontement entre la DX de Triple H et Shawn Michaels — qui sort de sa retraite pour l’occasion — et les Brothers of Destruction, Brock Lesnar qui fera son retour, Roman Reigns et Braun Strowman s’affronteront dans un triple menace tandis qu’AJ Styles et Daniel Bryan s’affronteront dans le main-event.

Sans surprise, alors que Triple H espère insufler « un changement culturel dans le pays », rien que ça, et que la WWE espérait voir des catcheuses sur le ring à Riyad, toujours pas de femmes sur la carte. Une critique à laquelle, elle ne l’a pas encore fait mais cela ne saurait tarder tant c’est évident, la compagnie de Stamford pourra répondre « WWE Evolution aura lieu cinq jours avant, c’est déjà pas mal non ? »

Plusieurs sénateurs américains ont d’ors et déjà demandé à la WWE de « repenser » sa relation avec le pays. On sait que la WWE est très influençable quand il s’agit de son image public — les propos racistes de Hulk Hogan, renvoyé dans la foulée en est le premier exemple — et devant une affaire comme celle-ci où la mort d’une personne ayant résidé aux États-Unis est le sujet principal, on imagine mal l’entreprise des McMahon rester de marbre et continuer à faire la propagande d’un pays impliqué dans l’assassinat d’un journaliste.

Les prochains jours devraient nous en apprendre plus, au fur et à mesure que l’affaire atour de Jamal Khashoggi va se révéler et que les médias se pencheront sur les relations entre les entreprises américaines et le royaume.

Cliquez pour commenter
En haut