Édito

#SpeakingOut : Le temps de la remise en question

kelly klein roh

Passé le temps du dégout et de la frustration et pour que ces prises de paroles ne soient pas vaines, le monde du catch devra se remettre en question après #SpeakingOut.

NICK BUNGAY/Newsweek

On ne l’avait pas vu venir et pourtant on l’attendait. Depuis jeudi dernier le monde du catch fait face à une énorme vague d’accusations d’agressions, d’abus physique, mentaux ou sexuels. À travers le hashtag #SpeakingOut comme le fut #MeToo en son temps, de nombreuses victimes racontent leurs histoires, leurs mésaventures vécues dans les coulisses du catch.

Ce mouvement n’a en effet rien de surprenant pour les fans de catch. Le catch a toujours été ce petit milieu ultra fermé avec ses propres règles, son univers très masculin où règne une certaine culture du silence, où l’on préfère se taire plutôt que d’entraver sa propre carrière en parlant. Ceux qui le fréquente ont pour la plupart tous déjà entendu ce genre d’histoires — et certain·e·s les ont malheureusement vécu. Sans compter les quelques histoires déjà sorties ces dernières années. Et à une époque où la parole se libère comme elle l’a déjà fait dans plusieurs domaines, le catch allait bien avoir son moment.

Le fait que #SpeakingOut ait démarré avec des révélations sur David Starr en dit probablement long sur le ras-le-bol des victimes qui ont finalement décidé d’ouvrir la boite de pandore. Starr était l’un des fer de lance du mouvement We The Independant et s’est toujours illustré par ses prises de paroles plutôt progressistes prônant la tolérance et l’inclusion. Peu imaginaient le voir impliqué dans de telles affaires. Il en va de même pour le circuit britannique que l’on imaginait un peu plus clean depuis qu’il avait le vent en poupe. Ce n’était malheureusement qu’une façade. On s’était laissé dire en voyant cette jeune garde se populariser qu’ils n’avaient rien avec ceux qui les précèdent, on s’est trompé.

Dégoût et frustration

Il y a ce sentiment de dégout et de frustration qui se fait ressentir chez les fans de catch depuis le début de l’affaire, notamment parce que beaucoup de ces talents cités étaient aussi de ceux qui prônaient les bonnes valeurs du catch sur leurs réseaux sociaux. Parce qu’ils faisaient aussi partie de ceux qui avaient réussi à redonner des lettres de noblesse à un catch indépendant vieillissant ces dernières années, que ce soit sur le circuit britannique ou ailleurs. Parce qu’avec ça, ils étaient aussi devenus des idoles pour beaucoup de fans.

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#SpeakingOut est venu nous ramener à la réalité, nous rappeler que ce business n’a pas autant changé qu’on le pensait et qu’en coulisse les méthodes des anciens perdurent. Loin de là l’idée que les coulisses du catch étaient soudainement devenu ultra sécurisant, mais l’ampleur de l’événement est déstabilisante.

Ces centaines de témoignages sont tous plus désarmants les uns que les autres et nous montrent que même si les minorités sont de plus en plus visibles dans le catch, il leur est toujours plus difficile que les autres de grimper les échelons.

Écouter les victimes avant tout

Alors bien sûr il y aura toujours du monde pour discréditer la parole des victimes qui se sont exprimées à travers le hashtag #SpeakingOut mais aussi en dehors — que ce soit publiquement sur les réseaux sociaux ou lorsqu’il a fallu en référer à un promoteur ou quelque dirigeant qu’il soit. C’est arrivé et cela arrivera encore tant que l’on ne fera pas le nécessaire pour éviter que ce genre de chose arrive. Il va falloir du temps. L’idée par exemple d’installer plus de femmes à la tête de promotion fait son chemin comme à la PROGRESS Wrestling, mais encore faut-il que les conditions le permettent.

Oui, la présomption d’innocence existe et elle est importante, mais ces centaines de victimes ne se sont certainement pas mises toutes en même temps à inventer des histoires dans le but de se faire mousser ou simplement « ruiner des carrières » comme on peut le lire en réponses à certaines de ces accusations. Ces victimes ont des mésaventures à raconter, des histoires qu’elles ont pour certaines longtemps gardé secrètes par peur des répercussions, de voir leur carrière leur filer entre les doigts, de la réaction de leur assaillant ou, malheureusement, de ne simplement pas être cru.

Attendre une action en justice pourrait être une solution avant d’agir — suspendre un talent le temps que l’affaire soit réglée et sanctionner (ou non) ensuite par exemple, mais la justice peine toujours à faire son travail dans ce genre d’accusations. En France par exemple, on estime qu’une victime sur dix porte plainte, et seule une plainte sur dix aboutit à une condamnation. Les chiffres ne sont pas meilleurs à l’étranger. Alors en attendant les promotions concernées font ce qu’elles peuvent pour éviter d’être mêlées à ces affaires : écarter les personnalités incriminées.

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Le temps de la remise en question au sein des structures du monde du catch viendra et nul doute que les choses évolueront vers un mieux, restons optimistes, mais il y a encore du travail à faire.

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