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SummerSlam 2014 : Brock Lesnar trop fort ?

The Biggest Event of the Summer. Le surnom de SummerSlam est globalement mérité. Chaque année, il est l’événement phare accueillant les rivalités les plus vives de l’été. Ces dernières années, le seul à avoir pu contester le main event du show à John Cena était Brock Lesnar en 2012. Cette même année, les deux se retrouvaient pour le main event d’Extreme Rules 2012. Mais deux ans plus tard, c’est une revanche cinglante qui se dessinait pour Lesnar. Et les retrouvailles furent violentes.

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Avec une carte calée depuis Battleground, on ne peut pas dire que cette édition de Summerslam ait été mal préparée. La carte se scinde en deux entre les catcheurs qui en sont, au minimum, à leur second match de leur rivalité et les nouvelles affiches plus ou moins fraîches. Mais avant le show, on retrouve ce traditionnel kick-off, l’occasion de spammer le NINE NINETY NINE à tord et à travers. Il y eut aussi Cesaro contre Rob Van Dam. Si le recul momentané du Suisse dans la carte ne vous paraissait pas encore assez évident, la WWE insiste en le faisant perdre face à la passoire pour jeunes.

C’était malgré tout un bon match – il faut dire que les deux se sont déjà rencontrés – avec de bons mouvements qui ont permis d’haranguer une foule de Los Angeles qui a répondu globalement présente sur l’ensemble de la soirée. C’est sûrement l’un des meilleurs matchs de Kick-Off, mais c’est aussi un match que l’on aurait pu avoir à Raw, de la bonne gratuité donc, c’est dans le principe du concept.

Le show en lui-même débute avec « The Immortal » Hulk Hogan qui vient vendre la soirée et encore le Network à des gens qui sont sensés déjà l’avoir quand même. Bon, on se doute aussi que c’est pour la blague et que la WWE en fait volontairement beaucoup, voyant que la foule ironise elle-même dessus, on est dans le matraquage commercial, mais aussi dans une bonne dose de dérision avec le NINE NINETY NINE.

En qualité d’opener, c’était le titre intercontinental qui ouvrait le show, encore une fois présent à l’inverse de son homologue US. Une affiche pas immonde mais certainement pas inédite sur les dernières années entre Dolph Ziggler et The Miz. Ce dernier a profité de sa position de heel faiblard pour faire le service minimum et laisser le Show-Off faire une grosse partie du boulot. Le champion intercontinental se charge tout de même de prendre un peu de heat pendant les moments de creux, et tente de faire comme Rick Martel et Shawn Michaels en 1992, c’est-à-dire avoir un match sans que le visage ne soit atteint.

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Ah ben si, touché.

Malheureusement pour lui, son adversaire n’est pas d’accord et du coup le storytelling tournera autour de ces agressions de Dolph Ziggler au visage du Miz avec notamment une tentative ratée de Superkick avant d’en placer un qui atteint sa cible, en claquant bien au passage. Ziggler finit par récupérer la ceinture Intercontinental pour la seconde fois de sa carrière, étonnant pour quelqu’un qui semble avoir tourné autour depuis 2009 quand il était encore heel, et certainement pas un grand push, au mieux une juste récompense pour quelqu’un dont le niveau est incontestablement au-dessus de la midcard. Reste à espérer une bonne rivalité après celle du Miz pour faire briller une ceinture qui en a besoin. Collez-lui Cesaro dans les basques quoi.

Deuxième match et deuxième titre, celui des Divas. Une opposition attendue, à un meilleur niveau en tout cas, entre Paige et la championne AJ Lee. Si la rivalité rappelle celle entre Kaitlyn et cette même AJ Lee il y a de cela une bonne année – excepté le fait que AJ était heel à l’époque – on attendait le match plutôt sur son côté technique. Et c’est assez compliqué. Les prises de risques sont là, très étonnantes pour un match féminin – un saut à l’extérieur du ring paraît exceptionnel pour la catégorie – et le combat fut assez violent malgré sa relative rapidité, moins de cinq minutes.

Le jeu de Paige avec AJ Lee est satisfaisant également, avec cette conduite ironiquement tendre et malsaine à la fois, mais on sent que le match manque clairement de liant. Les deux savent catcher, mais ont du mal à trouver un rythme, voulant trop en montrer en un laps de temps donné trop court. Le fait qu’un autre match féminin soit sur la carte, présenté d’ailleurs à un plus haut degré d’importance scénaristique, bouche la voie à la montée du catch féminin à la WWE. Et pourtant, c’est très palpable, s’il y avait cinq minutes de plus, ces deux-là feraient un boulot phénoménal. Sur ce match, elles ont dû transformer ça en une sorte de spotfest, et c’est par conséquent moins réussi.

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On se rassure en tout cas de voir Paige gagner le match et de se dire qu’elles auront l’occasion de faire mieux dans un PPV avec un peu moins d’exposition mais plus de temps d’antenne. De plus, la britannique n’est plus à considérer comme une simple championne à mi-temps, mais bien comme la principale adversaire d’AJ Lee. Maintenant, il faudrait aussi que le public tente de s’y intéresser un peu plus, ce qui n’était pas trop le cas au Staples Center. Dernier point rapide, la tendance de Paige à dire les prochains moves à sa collègue en match un peu trop fort, mais c’est sûrement pour avoir son spot dans Botchamania.

On se posait plusieurs questions autour de la stipulation du flag match. Et le principe trop simple d’avoir le droit d’avoir son hymne national en cas de victoire est décevant. La rivalité ne s’essouffle pas auprès du public américain, jamais, mais elle s’essouffle très certainement pour le public hors USA – URSS – autant reprendre les termes de la guerre froide puisque même JBL se permet de parler de Kennedy – et est répétitive. La victoire de Rusev promet un autre match, car l’on voit mal la WWE terminer cette confrontation sur une victoire du monster heel.

Le match en lui-même est dans la lignée de celui de Battleground dans les carcans d’une opposition de catcheurs de ce gabarit, où chacun joue de brutalité, avec une touche d’agilité de Rusev grâce à ses kicks et de techniques au sol pour Jack Swagger. L’attaque de Rusev en début de match puis la domination de Swagger font que chacun se concentre sur une partie du corps : la jambe de Rusev pour Swagger et les côtes de ce dernier pour le Russe. En résulte un match court, et dont la construction n’amenait pas grand chose de nouveau par rapport à Battleground.

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Enfin si, des drapeaux.

Le match de la soirée sur le papier était John Cena vs Brock Lesnar, mais la confrontation entre les deux anciens frères d’armes du Shield, Dean Ambrose et Seth Rollins, faisait partie des matchs à surveiller comme potentiel showstealer. Avec une stipulation comme le Lumberjack match, on pouvait se dire qu’elle n’allait pas être à l’avantage des deux catcheurs, ce qui n’est pas totalement faux. Elle a souvent évité les oppositions directes et finalement sur les dix minutes, très peu se sont déroulées sur le ring.

Mais le rythme, les interactions assez rafraîchissantes avec les catcheurs qui entourent le ring ont donné un nouveau souffle à la stipulation, et ces dix minutes, chargées en spots en tout genre, se rapprochaient également d’une douce folie assez grisante. Ambrose et Rollins sont des talents bruts, et le fait qu’ils se connaissent très bien ajoute du liant au match. L’expérience du Shield est là et leur place dans l’upper-card est acquise, un peu plus pour Rollins que pour Ambrose, mais soyez sûr que ce dernier saura tirer son épingle du jeu.

Malgré tout, le manque de temps, de phases in-ring donnent à ce match au mieux le rang de showstealer, mais on sent le potentiel d’un « match of the year » entre ces deux-là. On espère sincèrement que la rivalité va se poursuivre juste pour avoir un match supplémentaire, mais il faut dire que la victoire de Rollins fait assez mal à Dean Ambrose. Il faudra que la WWE relance cette confrontation avec un peu de nouveauté, une fraîcheur dont elle a besoin pour atteindre Night of Champions.

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De la fraîcheur ? Comptez sur moi.

Une rivalité qui s’essouffle bien quant à elle, c’est celle entre Chris Jericho et Bray Wyatt. Trop de discours superficiels de chaque côté, une sorte de combat de politiciens ces dernières semaines avec en point d’orgue cette confrontation en face à face qui manquait un peu de passif pour que la tension soit transmise. La relative prévisibilité du résultat est aussi un facteur qui met de la distance avec ce match.

Mais sur le ring, ce fut très honnête. Un peu haché avec quelques phases au sol qui ont cassé le rythme pour montrer une certaine domination du prêcheur de la Wyatt Family. Bray a un peu plus renoué avec son côté creepy sur ce match, plus qu’à Battleground et Jericho montre aussi qu’il a bien plus de talent que le Miz en terme d’acting, la surprise sur son visage lorsque Bray Wyatt se met à faire l’araignée est vraiment bien jouée.

Le finish aussi est sympathique, bien qu’identique à celui du Royal Rumble lorsque Bray avait battu Daniel Bryan. Maintenant, reste à savoir où en sont vraiment Bray Wyatt et sa Family. Sans match par équipe, Harper et Rowan n’ont pas pu tenter d’avoir les ceintures qu’ils devraient avoir, et l’absence des titres par équipe coupe l’élan donné aux ceintures depuis quelques mois. Mais c’est plutôt pour le personnage qu’il faut s’inquiéter. Un peu mis en retrait suite à sa défaite face à John Cena, Bray Wyatt semble tourner en rond depuis deux-trois mois et on ne retrouve pas avec Jericho l’intensité mise dans la rivalité avec Cena – sûrement par manque de temps d’antenne.

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Et pourtant il en a même pour pousser la chansonnette.

Il faut maintenant voir s’il y aura un troisième match – avec stipulation peut-être – ou si « The Eater of the Worlds » va se trouver une nouvelle proie, si possible avec un discours ou une ambition qui aura changé. L’autre problème c’est qu’il affronte Y2J en appuyant sur le côté « sauveur » de ce dernier, point de gimmick qu’il n’avait plus mis en avant depuis trop longtemps pour être marquant, surtout avec ses nombreuses absences.

Reste trois matchs où The Authority est plus ou moins directement impliquée. D’abord Brie Bella vs Stephanie McMahon. C’est trop long pour ce que c’est. Bien trop long. C’est inversement proportionnel à l’autre match des Divas. La seule justification potable pour la durée de ce match – environ dix minutes – sont les interventions et la trahison de Nikki Bella sur sa sœur, probablement pour se venger de son mois de handicap matchs et autres stipulations imposées par Stephanie à la sœur de Brie qui pendant ce temps-là était tranquillement avec son mari – en tout cas cela devrait être le discours tenu ces prochaines semaines.

On aura donc probablement un match entre Bellas par la suite, pour varier les plaisirs et éloigner Stephanie afin de gentiment faire durer la rivalité. Elle est rude pour tous l’absence de Daniel Bryan. Et il va falloir tenir jusqu’au Royal Rumble.

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« Janvier 2015 ? Yes! Yes! Yes! »

Les grosses affiches se dessinent avec un match à double tranchant qui pouvait être très bon comme très mauvais. Heureusement celui-ci a choisi la voie du très bon. De bons spots un bon rythme avec des classiques parfois améliorés – comme ce Samoan Drop depuis le turnbuckle assez sympathique. Par contre, on sent aussi que Roman Reigns est un top face avec déjà une bonne dose de classicisme dans les moves, et une résistance disproportionnée. Le surnom donné de Superman risque de faire grincer les dents de pas mal de fans et l’on est pas à l’abri de futurs Reigns haters. Ce qui serait un peu la consécration de Roman Reigns finalement.

Sinon les movesets des deux catcheurs sont très compatibles et on sent que ce match a été pas mal travaillé, laissant rarement place à l’improvisation. Si c’est un peu trop chorégraphié par moments, cela permet au match d’avoir un rythme d’enfer et de se placer comme le match le plus impressionnant du show en terme d’action in-ring. La victoire de Reigns va probablement le propulser plus haut, et pourquoi pas coïncider avec les événements du prochain match.

Car oui, John Cena a trouvé son Doomsday en la personne de Brock Lesnar. Après Extreme Rules 2012, on s’attendait au même type de match archi-dominé par Lesnar. Mais à ce point, c’était assez bluffant. Seize German Suplex. Seize. Des F5 à foison et des coups de poing, de genou vraiment violents. Soyons clair et rapide : Cena a pris la raclée de sa carrière. Et même s’il a pu glisser un AA et un STFU avant de rendre les armes sur tombé, le porte-étendard de la WWE n’a rien vu du match.

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Même Brock a compris la vanne.

C’est très rare ce squash en main event, qui plus est dans l’un des majeurs. Et si sur un plan scénaristique c’est justifié et justifiable, il faut tout de même critiquer une forme de catch assez primaire, pas très divertissante. Bon, après c’est toujours le genre de match qui va diviser le public en deux entre ceux qui ont adoré cette humiliation et sont impressionnés par la force donnée à Lesnar – qui détruit John Cena bien plus qu’il n’avait détruit l’Undertaker à Wrestlemania – et ceux qui trouvent cela ennuyeux, et qui aurait préféré un vrai match.

Mais permettre à Lesnar de détruire Cena, c’est aussi le moyen de s’éviter une purge. Un match classique entre les deux, sans stipulation tournerait  probablement au désastre comme le match face à Triple H en 2012. Coupons donc la poire en deux, et gageons que ce massacre avait le mérite d’être assez impressionnant, à défaut d’être spectaculaire. La victoire de Lesnar était inévitable pour continuer sur la lancée de la streak, et il semble assez logique que la force donnée à Lesnar est telle qu’elle est nécessairement pour placer le prochain champion dans une position de main eventeur établi. Ce qui pousse à penser au push prochain de Roman Reigns.

Nous sommes encore loin d’un tel projet, même si la probabilité d’un match retour pour John Cena après une telle destruction semble faible, et son absence des écrans semble acquise, ce qui nous fait revenir à la théorie de l’arrivée de Roman Reigns face à Lesnar. Superman vs Doomsday all over again.

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Sur l’ensemble du show, on peut dire que ce PPV est une réussite, les matchs se distinguent bien les uns des autres et si certains versent plus dans le classicisme comme le Ziggler vs Miz ou le Jericho vs Wyatt, les oppositions les plus intéressantes et les plus en vue à Raw ont généralement eu le droit à un traitement de haute volée, pour un spectacle de qualité. « The Beast » a finalement atteint un objectif de longue date, redevenir champion, et celui qui vaincra Lesnar obtiendra une autre dimension dans le roster, ce qui semble être finalement bénéfique.

Il faut maintenant maintenir le cap, ne pas trop se précipiter et réussir à transformer l’essai, car le règne de Brock Lesnar sera dans un premier temps porté par un Paul Heyman de gala, mais il aura besoin d’une opposition crédible pour vraiment attirer l’attention. Cette édition 2014 de Summerslam a tenu les promesses qu’elle avait faite dès Battleground et nous lance dans ce dernier tiers de l’année avec de nouveaux champions et de nouvelles perspectives que l’on espère toujours plus audacieuses pour donner au produit l’élan dont il a besoin.

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